Les quatre sangliers

Les quatre sangliers

Jun 21, 2025

imageAujourd’hui il pleut.

De cette pluie fine qui colle toutes les odeurs au sol, qui mélange la chaleur de l’humus à la toufeur de la mousse.

Mouillé, glissant, gluant.

Parfum gastérophile dans l’air, chemin visqueux au bord des coquilles.

Une ambiance grise, fantasmagorique, ensorcelée, propice à la disparition.

Parfait pour disserter avec les brins d’herbes, pour laisser l’apitoiement sociale dans ses méandres boueux...

Alors que je grimpe la bande abrupte de feuilles mortes pour dominer le coude du Na’, un frisson. Une menace lourde, profonde. Proie traquée, j’entends presque la chèvre de monsieur Seguin se préparer à sa mort.

Rentre mais rentre !

Je résiste quelque temps, intriguée par ma propre faiblesse et l’adrénaline un peu folle qui affronte l’esprit, avant de céder à mes cellules et de faire demi tour dans la chênaie. Cent mètres, quelques pas, les ajoncs accrochés aux bottes, un bruit immense, je fais volt face.

Debout de toute ma hauteur tremblante j’affronte ce qui me poursuit. Magnifque et terrifant spectacle.

Quatre sangliers.

Quatre mâles.

Noirs, trempés de relents sauvages, me font face.

Une seconde, ils fuient.

Tous.

Ah non.

Seulement trois.

Le quatrième me jauge, renâcle, gronde, souffle, amorce une charge. Je ne bouge pas, les yeux dans les yeux. Un courage revendiqué mais pas ressenti, mon cerveau projette mes tripes le longs du chemin alors que des enclumes m’enracinent là où je ne devrais pas être.

J’ai peur !

Les pins sont rigides, sans branches, et je suis une piètre grimpeuse.

Une fraction de seconde, il fait demi-tour. Je ne sais même pas comment je tiens debout tellement je suis à la fois subjuguée et terrorisée, me rendant compte un peu tard que je n’ai pas déclenché mon appareil.

Et merde !

Je me faufile entre les ronces.

Vite, vite, vite, vite.

Quel fascinant spectacle. Ça embaume la terreur, le combat. J’ai affronté de toute la force de mon instinct. Immobile de sueur, immobile de survie. M’aurait-il chargé si je lui avait tourné le dos?

Cher mâle, cher mâle.

Je veux te revoir.

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