Bandérisme et Union européenne : résona ...

Bandérisme et Union européenne : résonances idéologiques dans la rhétorique de guerre

Mar 23, 2025

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Bandérisme et Union européenne :
résonances idéologiques dans la rhétorique de guerre

 

Aux hommes sages.

 

Introduction.

Depuis le début de la guerre en Ukraine, et encore plus depuis les négociations de paix entre Trump et Poutine, le soutien inconditionnel apporté par l’Union européenne – et en premier lieu par Emmanuel Macron, malheureusement au nom de la France – s’accompagne d’une rhétorique particulièrement belliciste et militariste. Cette posture stratégique reprend des éléments idéologiques forgés par les ultranationalistes ukrainiens du XXᵉ siècle, notamment ceux de Stepan Bandera et de l’« intégralisme national » de Dmytro Dontsov.

L’idéologie bandériste a finalement infusé le narratif contemporain européen sur la guerre. Le parallèle peut surprendre, mais il s’impose clairement : bon nombre des principes exaltés par Bandera et ses disciples – anticommunisme viscéral, primat de la lutte armée, culte du héros-martyr, pouvoir centralisé fort, représentation de l’Ukraine comme rempart civilisationnel contre la Russie, et refus absolu de tout compromis avec Moscou – trouvent un écho évident dans les discours actuels d'Emmanuel Macron et d'autres dirigeants européens. Dès mars 2025, Emmanuel Macron évoquait une « nouvelle ère » marquée par « une opposition durable entre deux visions du monde », dans la suite logique de sa visite à Irpin en 2022, où il dénonçait déjà « les stigmates de la barbarie » et les « crimes de guerre » commis par l’armée russe, saluant le courage héroïque des Ukrainiens qui ont « arrêté l’armée russe qui marchait sur Kyiv ». Cette posture traduit la proximité fusionnelle entre Emmanuel Macron et Volodymyr Zelensky, déterminante dans la poursuite d’un soutien inconditionnel à l'Ukraine. Il soulignait explicitement que ce combat dépasse le seul peuple ukrainien : « c’est aussi notre sécurité qui est menacée » par l’agression russe.

Cette rhétorique civilisationnelle et existentialiste marque les discours d'autres dirigeants occidentaux. Au Royaume-Uni, dès 2022, Keir Starmer proclamait devant le Parlement britannique : « Tous ceux qui croient en la démocratie contre la dictature, en l’État de droit contre le règne de la terreur, en la liberté contre le joug de la tyrannie doivent s’unir et prendre position ». En Allemagne, le chancelier Friedrich Merz martelait que « l’Ukraine défend aussi les valeurs de démocratie et de liberté que représentent l’Europe et l’Amérique », insistant sur la nécessité absolue de soutenir Zelensky afin d'éviter que l'Europe elle-même ne succombe à la domination russe.

Mais derrière ces grandes déclarations en faveur de la démocratie, se cache un paradoxe frappant : en réalité, ces globalistes imposent progressivement à l'Europe une dérive autoritaire qui conduit directement à un totalitarisme insidieux, soigneusement dissimulé derrière la façade des valeurs démocratiques.

Ainsi, l’idéologie bandériste, subtilement instillée par le président Zelensky, impose à l’Europe sa propre logique de guerre, légitimant par là même un soutien jusqu’au-boutiste à Kiev. L’Ukraine n’est plus seulement perçue comme une nation agressée, mais comme le rempart avancé de la civilisation européenne face à la « barbarie » russe. Cette rhétorique guerrière et absolutiste, désormais au cœur du discours européen, révèle une convergence inattendue : les impératifs stratégiques de l’Europe croisent, voire épousent opportunément, certaines conceptions héritées du bandérisme.

Partie 1 - Origines de l’ultranationalisme ukrainien.

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Légende : Monument dédié à Stepan Bandera à Lviv (Ukraine). L’icône nationaliste y est honorée comme un martyr de la cause indépendandiste.

Stepan Bandera

Né en 1909 dans la province de Kalouch, alors intégrée à l’Empire austro-hongrois, Stepan Bandera fut le chef de l’Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN-B), incarnant un nationalisme radical, ultranationaliste et ethnocentré dans l’entre-deux-guerres. Collaborateur actif du Troisième Reich pendant la Seconde Guerre mondiale, Bandera et ses partisans furent impliqués dans les atrocités perpétrées contre les populations polonaises et juives d’Ukraine, participant ainsi aux politiques d’extermination mises en œuvre par les nazis.

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Son idéologie se caractérise par un nationalisme extrême, une hostilité viscérale à l’égard du communisme soviétique, et une volonté affirmée d’instaurer une Ukraine ethniquement homogène. Dans son essai La Troisième Guerre mondiale et la lutte de libération (1950), Bandera affirme que l’Ukraine ne sera jamais libérée de l’extérieur : « Aucune des meilleures occasions ni même la volonté d’aider ne serviront à rien si la nation elle-même ne lutte pas et ne forge pas son destin par son propre combat »[1].

Pour lui, l’indépendance ne peut être conquise que par la violence révolutionnaire et la guerre de partisans. Dès la fin des années 1940, alors que l’Ukraine est sous domination soviétique, Bandera et ses partisans nourrissent l’espoir qu’un affrontement global entre l’Est et l’Ouest éclatera et entraînera la libération de leur patrie[2]. Cette foi dans une guerre « purificatrice » s’accompagne d’un anticommunisme virulent : les Soviétiques — assimilés aux Russes dans leur discours — sont perçus comme l’incarnation du mal, à combattre sans relâche. Pour Bandera, toute idée de coexistence avec Moscou est inenvisageable : « Avec les Moscovites, il n’y a pas de langage commun » [3], affirme-t-il sans détour en 1952. Toute forme de paix négociée ou de compromis avec le Kremlin est d’emblée rejetée, au profit d’une lutte à mort.

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Dmytro Dontsov

Bandera s’inscrit dans les pas de l’idéologue Dmytro Ivanovitch Dontsov, père de l’« intégralisme national » ukrainien dans l’entre-deux-guerres, fortement influencé par le fascisme européen de son époque. Il prônait un nationalisme fanatique exaltant la force, le sacrifice et la haine de l’ennemi, les Russes, mais également les Polonais et les Juifs, considérés comme des obstacles à l'indépendance ukrainienne.

Dès 1926, dans son ouvrage « Nationalisme », il martèle que l’indépendance ukrainienne exige une guerre impitoyable contre la Russie. « Notre idéal national ne peut se réaliser que dans une lutte sans compromis contre la Russie… Conscients de cet idéal, même renversés à terre, même sous la botte du vainqueur, nous nous relèverons. Y renoncer – jamais »[4] proclame Dontsov, appelant à la résistance jusqu’au martyre. Il reproche aux générations précédentes leur tiédeur : selon lui, les échecs de 1917-1921 s’expliquaient parce que les chefs ukrainiens manquaient de radicalité et d’« esprit guerrier », ayant une « mentalité trop pacifique » qui a condamné la révolution.[5]

Pour Dontsov, au contraire, seule une détermination fanatique peut permettre à la nation ukrainienne de s’émanciper. « Le “fanatisme” et la “contrainte”, bien plus que la douceur, jouent un rôle fondamental dans la vie des sociétés », écrit-il, et il appelle de ses vœux une génération de combattants prêts à tout pour la cause nationale.[6]

Cette idéologie nationaliste radicale sacralise la violence comme moteur de l’Histoire. La guerre y est vue comme un mal nécessaire – voire un bien – qui forge la nation et en révèle la véritable essence.

« Peu importe l’ampleur des sacrifices – la lutte est incontournable », proclame un slogan de l’OUN en 1956[7]. Comme aujourd’hui, le martyre des combattants morts pour la patrie est érigé en idéal suprême : le panthéon nationaliste ukrainien célèbre les « héros » tombés, qu’il s’agisse des partisans de l’Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA) pendant la Seconde Guerre mondiale ou de figures comme Bandera lui-même, assassiné par le KGB en 1959 et aussitôt élevé au rang de martyr. Le salut de la nation passe par le sang versé : « Le peuple qui veut briser ses chaînes et “arroser la liberté du sang de ses ennemis” verse aussi des flots de son propre sang », écrivait encore Dontsov [8] pour souligner le prix du combat.

Enfin, Bandera et ses partisans inscrivaient leur combat dans une vision civilisationnelle. L’Ukraine n’était pas, à leurs yeux, une nation simplement opprimée, mais le rempart avancé de l’Europe face à la barbarie venue de l’Est. Dontsov, dans ses écrits, oppose une Ukraine européenne et chrétienne à une Russie qu’il présente comme un empire asiatique, despotique et étranger à l’esprit occidental.. « La nation ukrainienne est trop imbriquée dans la culture de l’Europe occidentale pour se jeter le cœur léger dans les bras du despotisme semi-asiatique »[9] affirme-t-il, résumant le mépris des nationalistes pour la « barbarie orientale ». Bandera, qui s’allia un temps à l’Allemagne nazie contre l’URSS, voyait également dans l’Ukraine le bouclier de l’Europe chrétienne contre le bolchévisme athée. Cette rhétorique du « rempart civilisationnel » justifiait à ses yeux une guerre totale : l’enjeu dépassait l’Ukraine elle-même pour toucher à la survie de la « civilisation européenne ».

Il faut souligner ici l’ironie tragique de l’Histoire : ce discours, forgé dans l’entre-deux-guerres, resurgit aujourd’hui jusque dans les rangs occidentaux pour décrire l’affrontement en cours.

Partie 2 - De Kiev à Bruxelles : la reprise occidentale d’un discours de guerre absolutiste

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Légende : Depuis 2022, les drapeaux ukrainiens flottent aux côtés du drapeau européen dans toutes les capitales de l’UE, symbole d’une alliance présentée comme existentielle.

2.1. « Deux visions du monde » : un conflit existentialisé par les dirigeants occidentaux

Dès le début de la guerre, les dirigeants occidentaux ont présenté le conflit en Ukraine comme une lutte existentielle entre deux ordres politiques : d’une part la démocratie libérale, d’autre part l’autoritarisme incarné par la Russie de Vladimir Poutine. Le président français Emmanuel Macron évoquait ainsi, en mars 2025, l’entrée dans une « nouvelle ère » marquée par « une opposition durable entre deux visions du monde »[10]. Dans cette optique, l’Ukraine n’est pas qu’un pays agressé : elle devient le bastion avancé de la civilisation européenne face à la « barbarie » russe.

En juin 2022, visitant la banlieue martyre d’Irpin, Macron dénonçait les « stigmates de la barbarie » et les « crimes de guerre » perpétrés par l’armée russe[11], saluant le courage héroïque des Ukrainiens qui ont « arrêté l’armée russe qui marchait sur Kyiv »[12]. Il soulignait que ce combat dépasse le seul peuple ukrainien : « c’est aussi notre sécurité qui est menacée » par l’agression russe[13]. L’Ukraine est ainsi décrite comme le rempart de la sécurité européenne, défendant non seulement son territoire mais l’ensemble du modèle de paix et de liberté en Europe.

Au Royaume-Uni, une rhétorique similaire s’est imposée. Dès 2022, le travailliste Keir Starmer, alors chef de l’opposition, affirmait que la guerre en Ukraine opposait la liberté et la démocratie à la tyrannie. « Tous ceux qui croient en la démocratie contre la dictature, en l’État de droit contre le règne de la terreur, en la liberté contre le joug de la tyrannie doivent s’unir et prendre position »[14], proclamait-il devant le Parlement britannique, appelant à soutenir le peuple ukrainien pour que « la lumière de la liberté l’emporte sur les ténèbres » du despotisme. Starmer insistait sur le caractère existentiel de ce combat, estimant que la survie même de la démocratie européenne était en jeu face à l’agression de Poutine, comparée aux grandes luttes contre les tyrans du XXᵉ siècle.

En Allemagne, le chancelier Friedrich Merz (CDU) recourt à une rhétorique tout aussi civilisationnelle. Depuis 2022, il rappelle que « le peuple ukrainien se défend contre la guerre d’agression de la Russie » et que « l’Ukraine défend aussi les valeurs de démocratie et de liberté que représentent l’Europe et l’Amérique ». En soutenant Kyiv, affirme-t-il, l’Occident défend ses principes fondateurs. Merz souligne, dans sa logique, la dissymétrie fondamentale entre les deux régimes : « Le président ukrainien est démocratiquement légitimé, tandis que le président russe se maintient au pouvoir par de pseudo-élections »[15], assène-t-il, faisant écho à l’opposition de valeurs déjà exprimée par ses homologues occidentaux[16].

Mais cette lecture binaire ne fait pas l’unanimité. En février 2025, Donald Trump qualifie Zelensky de « dictateur sans élections », critiquant l’absence de scrutin en Ukraine depuis 2022, du fait de la loi martiale. La levée de boucliers est immédiate. Olaf Scholz dénonce des propos « faux et dangereux ». Keir Starmer rappelle que Zelensky a été élu démocratiquement, et qu’il est « parfaitement raisonnable » de suspendre des élections en temps de guerre — comme le fit le Royaume-Uni pendant la Seconde Guerre mondiale. Enfin, le consensus occidental est brisé, la légitimité démocratique de Zelensky reste reconnue par ses alliés européens, Macron en tête.

2.2. De Dontsov à Von der Leyen

Cette opposition binaire – démocratie contre autocratie – érige l’Ukraine en rempart de la liberté. Ce schéma rappelle, sans détour, l’idéologie formulée au XXᵉ siècle par Dmytro Dontsov et Stepan Bandera. Dès l’entre-deux-guerres, Dontsov – théoricien de l’OUN – affirmait que l’Ukraine appartenait à l’Occident, et devait se dresser contre la « barbarie asiatique » de la Russie. En 1919, dans La culture du primitivisme, il décrit la culture russe comme arriérée et primitive. En 1955, dans Russie ou Europe, il pose le dilemme identitaire : il faut choisir l’Europe, contre Moscou.

Bandera reprendra cette idée d’un choc civilisationnel. Durant la Seconde Guerre mondiale, la propagande de l’OUN-B présente l’Ukraine insurgée comme le bouclier oriental de l’Europe chrétienne face à l’invasion bolchévique. Le mythe d’une Ukraine « rempart de l’Europe » devient central dans l’idéologie bandériste.

Aujourd’hui, les parallèles sont frappants, bon nombre des éléments de langage employés rappellent sous un jour moderne les thèses bandéristes précédemment évoquées. Bien sûr, l’UE par un cynisme pragmatique ou par conviction en vient à mobiliser certains ressorts idéologiques analogues pour justifier la poursuite de la guerre.

2.3. Une convergence idéologique en quatre points

. La diabolisation de l’ennemi

Premier point commun entre les récits occidentaux contemporains et l’idéologie bandériste : la construction d’un ennemi absolu. Certes, le « bolchevik impie » des années 1930 a laissé place à l’autocrate Poutine. Mais la logique manichéenne demeure.

Emmanuel Macron décrit la Russie comme une puissance prédatrice, gouvernée par un régime « qui tue ses opposants et cherche à conquérir tout ce qu’on lui laisse »[17]. Il parle d’une guerre « existentielle » pour l’Europe, d’un affrontement entre démocratie et tyrannie. L’Ukraine, dans ce récit, devient un rempart contre la barbarie orientale — reprise moderne de la rhétorique civilisationnelle chère à Bandera et Dontsov.

Quand Macron affirme que « l’agression russe contre l’Ukraine est une menace pour nos démocraties et pour l’ordre mondial fondé sur le droit »[18], il inscrit pleinement ce conflit dans une vision quasi-sacrée : celle d’une croisade pour la survie d’un modèle de société.

. Le primat de la victoire militaire

Deuxième convergence : l’absolue priorité donnée à la victoire militaire. Comme Bandera rejetait toute paix négociée, les dirigeants occidentaux balaient aujourd’hui toute proposition de cessez-le-feu ou de compromis territorial.

En mars 2024, Macron déclarait : « Vouloir la paix, ce n’est pas choisir la défaite »[19]. En d’autres termes, toute paix négociée aux conditions de Moscou équivaudrait à la capitulation de l’Ukraine et de l’Europe – position qui rejoint le « jamais nous ne céderons » des bandéristes. Ainsi, le maître-mot côté occidental est de ne pas « céder à la tentation de la facilité » (la fausse paix immédiate) et d’armer l’Ukraine jusqu’à ce qu’elle puisse reconquérir ses territoires. Toute suggestion d’un compromis territorial ou d’une neutralité ukrainienne est rejetée car jugée contraire à l’honneur national et à la justice, exactement comme Bandera rejetait tout arrangement avec le Kremlin. L’UE, emmenée par Macron, soutient explicitement l’objectif ukrainien de victoire totale, quitte à prolonger le conflit sur le long terme. Josep Borrell, le chef de la diplomatie européenne, a même déclaré dès 2022 que cette guerre « se gagnera sur le champ de bataille », phrase choc signifiant l’abandon de toute illusion diplomatique.

De même, lorsque Macron évoque la possibilité d’un déploiement de troupes alliées en Ukraine « une fois la paix signée, pour garantir son respect », tout en précisant que Kyiv est souverain dans le choix de ses appuis militaires et que Moscou n’a pas son mot à dire, il s’aligne sur une logique de rapport de force intégral

. Le culte du héros et du sacrifice

Autre élément frappant : l’exaltation du sacrifice. À l’image des nationalistes ukrainiens glorifiant le martyr, l’Occident célèbre aujourd’hui la résistance ukrainienne avec une ferveur quasi religieuse.

Zelensky est acclamé dans les parlements occidentaux, comparé à Churchill. Le slogan « Slava Ukraïni – Heroïam Slava » — né dans les milieux ultranationalistes des années 1930 — est aujourd’hui scandé à l’OTAN et dans les rues de Paris ou Varsovie. En 2022, l’UE a même décerné son prix Sakharov au « peuple ukrainien », élevant son combat au rang d’exemplarité morale.

Macron, lui, évoque régulièrement « le courage, la résilience et l’esprit de sacrifice du peuple ukrainien ». Cette rhétorique du martyre rédempteur n’est pas nouvelle : elle prolonge les ressorts émotionnels et idéologiques du bandérisme.

. La guerre, matrice de la nation

Enfin, la guerre est présentée comme fondatrice. Le mythe bandériste de la guerre salvatrice réapparaît dans certains milieux nationalistes ukrainiens contemporains. Le Club historique Kholodny Yar — influent relais idéologique — publiait en février 2025 : « Ce n’est qu’en temps de guerre qu’un peuple devient une nation »[20]. Une phrase qui aurait pu sortir de la plume de Dontsov lui-même.

Cette vision a franchi les frontières. En soutenant inconditionnellement l’« effort de guerre », l’Union européenne entérine de facto ce récit. La logique bandériste imprègne l’agenda stratégique ukrainien : pas de concessions, pas de pause, pas de neutralité. Seulement la guerre jusqu’au bout.

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Le plus frappant est peut-être là : l’alliance de fait, jusqu’au-boutiste, entre deux mondes théoriquement opposés — les héritiers de Bandera à Kyiv et les élites libérales de Bruxelles. Leurs récits se croisent, leurs objectifs se rejoignent. Une convergence inattendue, mais désormais centrale.

 

Tableau comparatif : Abrégé des thèses du bandérisme vs rhétorique macronienne

Thèses du bandérisme vs Reflet dans la rhétorique macronienne


Anticommunisme viscéral – Rejet idéologique absolu de l’URSS athée, haine du « Moscovite » oppresseur. Bandera et Dontsov diabolisent la Russie soviétique en la présentant comme l’ennemi existentiel de la nation ukrainienne.

Antirussisme idéologique – Condamnation sans appel de la Russie de Poutine, assimilée à un régime totalitaire menaçant l’ordre mondial. Le discours européen oppose la démocratie ukrainienne à l’« autoritarisme » russe, héritier de l’URSS.


Primat de la guerre salvatrice – La lutte armée est érigée en devoir sacré et en seule voie de salut national. « La liberté s’arrache par le combat, pas par des pourparlers » résument en substance les bandéristes. Toute trêve ou compromis est vu comme une faiblesse coupable.

Victoire militaire comme horizon indépassable – Seule une défaite de la Russie sur le terrain garantira une paix juste. Toute proposition de cessez-le-feu immédiat est écartée, jugée prématurée et naïve. Macron répète que soutenir l’Ukraine jusqu’au bout est la condition pour « bâtir une paix durable ».


Culte du héros-martyr – Glorification des combattants tombés pour la patrie, exaltation du sacrifice suprême. Le nationalisme intégral ukrainien valorise la mort au champ d’honneur et entretient le mythe des martyrs nationaux (Bandera en tête, assassiné en 1959, est honoré en héros).

Exaltation de la résistance héroïque – Les dirigeants de l’UE célèbrent le « courage » et la « résilience » du peuple ukrainien. Hommages aux soldats « morts pour l’Europe », présentés comme les défenseurs de la liberté. Le vocabulaire employé (héroïsme, sacrifice, honneur) s’apparente à un véritable culte civique autour de la cause ukrainienne. Appel à la mobilisation des jeunes.


Refus de la paix négociée avec Moscou« Aucun langage commun avec les Moscovites » disait Bandera (Бандера Степан Андрійович — Вікіцитати). Les ultranationalistes rejettent catégoriquement toute discussion ou compromis avec le Kremlin, perçu comme perpétuellement fourbe et impérialiste. La seule issue envisagée est la reddition totale de l’ennemi.

Rejet des appels à la “fausse paix” – Macron et d’autres dirigeants estiment qu’appeler à des pourparlers maintenant reviendrait à « laisser tomber l’Ukraine ». Les voix dissidentes prônant une médiation (par exemple certaines figures françaises[21] ou internationales) sont tenues à l’écart ou taxées de relayer la propagande russe. La ligne officielle est : pas de négociation tant que la Russie occupe le sol ukrainien.


Rhétorique du rempart civilisationnel – Bandera et Dontsov voyaient l’Ukraine comme le bouclier de l’Europe face à la « barbarie orientale ». Leur propagande opposait une Ukraine chrétienne et européenne à une Russie asiatique et tyrannique, justifiant ainsi une guerre « défensive » de civilisation.

Ukraine, “avant-poste” de l’Europe libre – Dans le narratif européen, l’Ukraine défend les valeurs universelles (démocratie, droits de l’Homme) contre un agresseur perçu comme néo-impérialiste. Macron parle d’« aider l’Ukraine à protéger notre espace européen », inscrivant le conflit dans une lutte plus large pour la préservation d’un modèle de civilisation face à la loi du plus fort.

Partie 3 - Suspendre la démocratie au nom de la Nation : l’ombre du bandérisme

L’idéologie bandériste reposait sur une hostilité radicale à la démocratie libérale. Dontsov et Bandera rejetaient explicitement le parlementarisme pluraliste, qu’ils jugeaient faible, décadent, incapable de répondre aux exigences de la Nation. L’Organisation des nationalistes ukrainiens, fondée en 1929, visait à « maintenir la force de la nation ukrainienne par la dictature ». À la tête de l’OUN-B, Bandera exalte un pouvoir centralisé, confié à une élite militante dévouée, sans contre-pouvoir. Dontsov, lui, défend une éthique foncièrement élitiste et amorale : seule une avant-garde éclairée est légitime à définir l’intérêt national.

La démocratie est perçue comme un luxe inutile en temps de guerre. L’égalité ? Une illusion. La délibération ? Une faiblesse. Le salut national exige l’unité, la verticalité et l’exception permanente. Macron possède ici une clé pour garder le pouvoir contre la volonté du peuple français.

Face à la menace russe, le débat pluraliste tend à être marginalisé. En France, les premières décisions militaires (envois d’armes, sanctions) ont été prises sans contrôle parlementaire. Un vote symbolique est venu a posteriori entériner une ligne déjà définie par l’exécutif. La gouvernance de crise – par décrets, ordonnances, mesures d’urgence – s’est banalisée, dans la continuité des réponses à la pandémie ou au terrorisme.

La liberté d’expression a aussi reculé dans l’Union européenne. Cette censure, impensable en temps de paix, fut acceptée sans débat, au nom de la guerre de l’information.

Ce glissement ne s’arrête pas là. En Ukraine même, la loi martiale instaurée depuis 2022 a permis au président Zelensky de suspendre des partis d’opposition, de fermer des médias critiques, de museler les journalistes, de gouverner sans élections. L’argument invoqué est toujours le même : l’unité nationale exige la suspension temporaire des mécanismes démocratiques.

En Europe, les voix dissidentes sont de plus en plus disqualifiées. Les appels à la négociation sont relégués au rang de trahison. En France, un sénateur n’a pas hésité à qualifier les partisans du compromis de « cinquième colonne ». La glorification des « héros », la mise en scène d’un peuple en lutte incarnant la vertu, et la concentration de la parole politique entre les mains de quelques figures sacrées dessinent les contours d’un pouvoir vertical, moralement univoque, où la nuance devient suspecte.

Ce que nous voyons aujourd’hui n’est pas la défense de la démocratie, mais sa suspension progressive, justifiée au nom même de sa survie. Et dans ce glissement silencieux, goutte à goutte, l’Europe s’enferme dans une logique autoritaire, structurée par des mythes que l’on croyait révolus. Le bandérisme, dans ses fondements idéologiques, n’est plus une relique : il s’infiltre, sous des formes diluées mais reconnaissables, dans le discours officiel porté par les élites euro-occidentales, à la faveur d’une guerre présentée comme existentielle.. Ce n’est plus une influence extérieure : c’est un mode de pensée intégré.

Conclusion

Le rapprochement entre l’Union européenne et l’idéologie bandériste relève d’un croisement plus profond, presque structurel. En soutenant la cause ukrainienne, l’Europe n’a pas seulement repris un vocabulaire ou une posture : elle a trouvé, dans cette logique radicale, un écho familier. Un reflet partiel de ses propres tendances, longtemps contenues, désormais assumées.

Derrière le vernis démocratique, s’installe un culte de la force, du sacrifice et de l’unité autoritaire. Le langage des droits masque la logique de l’exception. La guerre justifie tout — y compris ce qui, hier encore, relevait de l’inacceptable.

Peut-être le plus dérangeant est-il là : le bandérisme ne serait pas une greffe, mais la révélation d’un noyau déjà présent. Une pseudo-démocratie de guerre, verticale, absolutiste — non par dérive, mais par nécessité structurelle, et si cette Europe-là, précisément, ne pouvait fonctionner autrement ? Qui en sera le nouveau Fürher ?

 

Copyright @Margueritetruth
Merci de votre soutien.


[1] Бандера Степан Андрійович — Вікіцитати — Wikipedia Ukrainien, Bandera.

[2] Résistance anti-soviétique de l'armée insurrectionnelle ukrainienne — Wikipédia

[3] Бандера Степан Андрійович — Вікіцитати — Wikipedia Ukrainien, Bandera.

[4] Загартував воюючу українську молодь: 10 цитат Дмитра Донцова до річниці його смерті, які актуальні донині

[5] Донцов Дмитро Іванович — Вікіцитати — Wikipedia Ukrainien, Dontsov.

[6] Топ-10 цитат Дмитра Донцова: Націоналізм - це бунт проти егоїзму — Інформаційне агентство Вголос/Vgolos

[7] Бандера Степан Андрійович — Вікіцитати — Wikipedia Ukrainien, Bandera.

[8] Загартував воюючу українську молодь: 10 цитат Дмитра Донцова до річниці його смерті, які актуальні донині

[9] Топ-10 цитат Дмитра Донцова: Націоналізм - це бунт проти егоїзму — Інформаційне агентство Вголос/Vgolos

[10] Les politiques français pris de court par le chaos mondial provoqué ... — Le Monde, 9 mars 2025.

[11] A Irpin, Macron, Scholz et Draghi devant la "barbarie" russe — L’Express, 6 juin 2022.

[12] Macron commends heroism of Ukrainians in face of Russian barbarism — Ukinform, 6 juin 2022.

[13]  Les politiques français pris de court par le chaos mondial provoqué .... — Emmanuel Macron – Adresse aux Français, 5 mars 2025

[14] Keir Starmer’s statement to Parliament on Russia’s invasion of Ukraine - Orpington Labour Party — Keir Starmer – déclaration à la Chambre des communes, mars 2022

[15] Friedrich Merz — message sur X (Twitter), 15 novembre 2024.

[16] Ukraine: Olaf Scholz nennt Donald Trumps Selenskyj-Äußerungen /falsch und gefährlich — Der Spiegel

[17] In : Macron justifie ses propos sur l’envoi de troupes — Huffington Post

[18] Macron says Ukraine is an 'existential' fight for Europe as he makes two-day state visit to Portugal | Euronews

[19] Idem Huffington : Sur l’Ukraine, Macron cite un discours de Churchill très symbolique pour alerter

[20] « Тільки в час війни народ стає нацією » en version originale. PDF

[21] Cf : Blog du géopolitologue Pierre Lellouche http://www.pierrelellouche.fr

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