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de Villepin, Macron : contre Trump, une vision commune pour une Europe souveraine

Mar 06, 2025

Cet article met en lumière la convergence des positions de Dominique de Villepin et d'Emmanuel Macron sur la nécessité d'une Europe souveraine et unie face aux défis posés par les politiques de Donald Trump et de Vladimir Poutine, en particulier concernant la situation en Ukraine.

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MERCREDI 5 MARS 2025 - DIE WELT - Traduction de l'allemand.

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« Les Américains ont tous les moyens de nous dominer »

PAR MARTINA MEISTER

L’ancien Premier ministre français de Villepin voyait déjà avant l’incident à la Maison-Blanche dans le
« trumpisme » une « idéologie du choc permanent ».

L’ancien Premier ministre français Dominique de Villepin

Il y a vingt ans, le 14 février 2003, Dominique de Villepin prononçait devant le Conseil de sécurité de l’ONU un plaidoyer enflammé contre la « politique de guerre » des États-Unis, connaissant alors un moment de gloire mondiale. Sa silhouette grande et élégante, sa chevelure blanche et ondulée ainsi que sa maîtrise du verbe impressionnaient alors beaucoup. De Villepin incarnait une Europe qui refusait la guerre en Irak.

« La France croit en la possibilité de bâtir ensemble un monde meilleur », déclarait alors ce politicien conservateur. Aujourd’hui, à 71 ans, il croit moins en un monde meilleur, mais l’idéal qu’il défendait à l’époque demeure intact. Il s’est donné une mission : réveiller les Européens.

Par une sombre journée de février, il reçoit plusieurs journaux européens dans un hôtel de luxe parisien, après s’être entretenu avec Der Spiegel. Le célèbre Café de la Paix est tout près, un signe peut-être. « Nous n’avons plus le temps. L’Europe doit changer de rythme », insiste de Villepin. À ce moment-là, l’incident dans le Bureau ovale n’avait pas encore eu lieu.

Dans un coin du bar, séparé par un paravent, le Français est assis devant un verre d’eau et une feuille couverte d’écriture serrée, qu’il ne consulte qu’une seule fois lorsqu’il perd brièvement le fil. Il livre son analyse du monde avec son éloquence et son emphase habituelles, comme s’il se trouvait dans ce qu’il appelait jadis le « temple des Nations unies ».

« La fin de l’après-guerre est scellée », affirme de Villepin. « Les États-Unis veulent soumettre le vieux continent. » Il emploie sans cesse le mot vassalisation, inexistant en allemand. Il entend par là que le président américain Donald Trump veut faire de l’Europe un vassal des États-Unis, une sorte de colonie américaine.

« Indifférence ou hostilité ? », titrait le New York Times jeudi dernier, probablement de manière rhétorique, après que Trump eut déclaré que l’UE avait été créée pour arnaquer les États-Unis.

Aux yeux de de Villepin, il ne fait aucun doute que Trump et Vladimir Poutine poursuivent le même objectif : tous deux veulent détruire l’Union européenne. Trump suit une « double logique de prédation » visant à l’expansion et à l’appropriation des richesses du monde, non seulement les terres rares, mais aussi les données. Le Français qualifie cela de « colonisation numérique de l’Europe ».

Son constat provisoire : « Face à Trump, l’Europe aurait dû immédiatement déclarer l’état d’urgence et assurer son indépendance stratégique ainsi que sa souveraineté économique et technologique. »

De Villepin analyse le « trumpisme » comme une « idéologie du choc permanent », cherchant à assaillir l’adversaire de tant de provocations qu’il en reste paralysé, « comme un lapin pris dans les phares d’une voiture ». Mais selon lui, c’est une « idéologie de l’illusion », une mise en scène permanente qui sert surtout à générer des profits, puisque les plateformes numériques sont entre des mains américaines. Tout cela culmine dans un « deal » :

« Tout se transforme en dollars, même la bande de Gaza, que Trump veut transformer en paradis pour les ultra-riches et les célébrités. »

Peu après, vendredi dernier, un incident éclate à la Maison-Blanche entre le président ukrainien Volodymyr Zelensky et Trump. Zelensky repart humilié, sans avoir signé l’accord sur les matières premières prévu avec les Américains. Les Européens, après que le Premier ministre britannique Keir Starmer et le président français Emmanuel Macron se sont investis dans une diplomatie de crise à Washington, restent abasourdis. L’analyse tranchante de de Villepin prend alors des allures prophétiques.

De Villepin fut ministre des Affaires étrangères de 2002 à 2004, puis ministre de l’Intérieur et enfin Premier ministre de 2005 à 2007 sous la présidence de Jacques Chirac. Depuis, selon lui, l’Europe a perdu un tiers de sa richesse par rapport aux États-Unis. « Les Américains ont tous les moyens de nous dominer : ils ont le dollar, des droits de douane protecteurs et une armée sans égale. »

Sur la scène politique française, de Villepin n’a plus joué aucun rôle depuis la fin de l’ère Chirac. Sa tentative de se présenter à l’élection présidentielle de 2012 s’est soldée par un échec. En revanche, son cabinet de conseil international connaît un grand succès. Dans son bureau et son appartement de l’avenue Foch, on trouve des œuvres inestimables du peintre allemand Anselm Kiefer et du Franco-Chinois Zao Wou-Ki.

La vente aux enchères de sa collection de livres politiques contenant des manuscrits de Napoléon, Trotski et Mussolini lui a rapporté plus de quatre millions d’euros il y a des années. Depuis longtemps, une rumeur court selon laquelle il serait financé par le Qatar, sans jamais avoir été prouvée.

Son retour sur le devant de la scène, il l’a brillamment orchestré lui-même. Le Monde a titré « Le retour de Dominique de Villepin ». Paris Match parle du « choc Villepin » alors qu’il vient d’atteindre la première place du classement des hommes politiques préférés des Français. « Il a bouleversé la hiérarchie », commente Frédéric Dabi, directeur de l’institut de sondage Ifop, sur cette résurgence inattendue d’un vétéran de la diplomatie française.

Lors de son entretien avec DIE WELT, de Villepin ne cache pas ses ambitions présidentielles. Il dit ne pas croire en l’homme providentiel, mais considère qu’avec son expérience, il a le devoir de s’engager.
« Dois-je être plus clair ? »

Cette montée en popularité, il la doit surtout à son virage à gauche, qui lui a valu d’être qualifié de
« caméléon politique ». Selon lui, l’erreur capitale d’Emmanuel Macron en début de mandat a été de négliger la justice sociale. Étonnant, venant de l’homme qui, en tant que ministre, a privatisé les autoroutes françaises et d’autres entreprises d’État.

Mais c’est surtout grâce à ses liens avec le monde arabe, sa critique d’Israël et son appel précoce à un cessez-le-feu à Gaza que de Villepin a séduit l’électorat de gauche. « On n’élimine pas les terroristes avec des bombes », affirme-t-il. Cette position lui a valu les louanges aussi bien de Jean-Luc Mélenchon, leader de La France insoumise, que du Parti communiste. D’autres, comme le philosophe Bernard-Henri Lévy, l’accusent d’antisémitisme.

Macron a un jour qualifié de Villepin de « diplomate vintage », comme s’il sortait des années 90.

Mais ce qui est dépassé peut toujours redevenir à la mode.

Macron et de Villepin partagent la même stratégie et une conviction commune : seul un collectif européen peut tenir tête aux grandes puissances.

Commentaire de Marguerie au 5 mars 2025 :


Dans le contexte géopolitique actuel, marqué par les tensions en Ukraine et les politiques assertives des États-Unis sous Donald Trump et de la Russie sous Vladimir Poutine, Dominique de Villepin et Emmanuel Macron, convergent sur la nécessité pour l'Europe de renforcer sa souveraineté. Malgré des parcours politiques différents, ils partagent aujourd'hui une vision commune d'une Europe autonome et unie, capable de défendre ses intérêts stratégiques, économiques et technologiques.​

Dominique de Villepin : appel à l'indépendance européenne face aux pressions extérieures

L'ancien Premier ministre Dominique de Villepin a récemment exprimé ses préoccupations quant à l'abandon de l'Ukraine par Donald Trump et à sa volonté d'affaiblir l'Union européenne. Il souligne que l'Europe est à un moment décisif et doit saisir cette crise comme une opportunité pour s'unir autour de la démocratie libérale et poursuivre sa souveraineté, notamment dans les domaines de la défense et de la technologie.

Emmanuel Macron : renforcer la défense européenne face aux incertitudes transatlantiques

De son côté, le président Macron a récemment appelé à renforcer l'autodéfense de l'Europe face à la menace russe et à l'incertitude concernant le soutien continu des États-Unis. Il a souligné que l'avenir de l'Europe ne se décidera ni à Washington ni à Moscou, et a montré son engagement ferme envers l'Ukraine face à l'expansionnisme de Poutine (NB : cela reste encore à prouver sur le plan de l'intention). Face aux politiques de Trump et à la possible sortie des États-Unis de l'OTAN, Macron souligne la nécessité de renforcer militairement l'Europe et d'être autosuffisants en matière de défense. ​

Une convergence sur la souveraineté européenne face aux défis en Ukraine

  • Soutien à l'Ukraine : Tous deux expriment leur soutien au président Zelensky après sa visite chaotique à la Maison-Blanche. Macron a montré son engagement ferme envers l'Ukraine face à l'expansionnisme de Poutine, tandis que de Villepin critique l'abandon de l'Ukraine par Trump et appelle l'Europe à saisir cette crise comme une opportunité pour s'unir autour de la démocratie libérale.

  • Renforcement de la défense européenne : Ils plaident pour une augmentation des capacités de défense de l'Europe, afin de réduire la dépendance envers les États-Unis et d'assurer la sécurité du continent. Macron a proposé d'étendre la dissuasion nucléaire française aux alliés européens, tout en maintenant le contrôle exclusif de ces armes sous l'autorité française. ​

  • Unité politique face aux menaces extérieures : De Villepin et Macron appellent à une plus grande cohésion entre les États membres de l'Union européenne pour faire face aux tentatives de déstabilisation, de Washington ou de Moscou.

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