Réflexion sur le temps, l'écriture et le ...

Réflexion sur le temps, l'écriture et les montagnes

Sep 23, 2025

Résidence littéraire internationale à la Toji Cultural Foundation - Wonju, Corée du Sud.
Le temps passe étrangement ici. Comme s'il se dilatait et se contractait tour à tour, me faisant perdre mes repères. Il passe du yin au yang, comme en taiji finalement. Les jours se ressemblent, malgré le changement de saison qui se fait sentir peu à peu. L'air devient plus frais, il y a moins de moustiques, les montagnes s'embrument plus facilement. Le temps est pris dans une sorte d'indolence d'entre-deux, quand les saisons hésitent et valsent l'une avec l'autre, sans trop savoir encore qui mène la danse.
J'ai hâte de voir les changements de couleurs dans la nature et, en même temps, j'aime cette lenteur et ce flou, cette incertitude dans un quotidien rythmé par les repas servis à heure fixe. Je n'ai ni montre ni téléphone cellulaire. Sans l'obligation des repas, je ne suis pas certaine que je garderais une régularité malgré tout bienvenue. Je n'ai pas de cours à donner ni de contrats à honorer (autre que de publier sur les réseaux sociaux de Storytellers of Canada - Conteurs du Canada). Je me retrouve donc face à moi-même et ce n'est pas toujours facile. L'inspiration ne m'est jamais venue sur commande : trouver le courage d'écrire est parfois une tâche ardue. Certains jours, ce n'est carrément et vraiment pas une sinécure!

Mon nouveau roman n'avance pas aussi bien que je le souhaiterais, mais il est vrai que j'écris souvent d'un jet. Or, cette fois, ça ne se passe pas comme ça. Et c'est la même chose pour l'histoire : d'habitude, je sais comment commencer et vers quoi je m'en vais (à peu près), le milieu étant plutôt 'libre'. Là, j'ai mes personnages principaux et le déroulé global de mon histoire, du début jusqu'à un certain point. Presque la fin, mais pas tout à fait, car je ne sais encore pas trop comment mettre un point final à cette intrigue qui s'étire sur une durée pour moi inusitée. Mes romans sont souvent des tranches de vie, une capture d'un moment charnière dans l'existence de mes personnages. Ici, il y en a plusieurs. Les relier devient un défi que je ne suis peut-être pas encore tout à fait prête à relever...
Ceci dit, j'aime les fins un peu ouvertes, qui laissent mes héros ou héroïnes sur leur chemin de vie et de guérison (oui, il y a presque toujours une guérison ou, à tout le moins, une ouverture vers des possibilités de guérison) et permettent au lecteur d'imaginer ce qui sera plutôt que de lui révéler ce qui est réellement. Le destin (ce concept bouddhiste coréen d'inyeon ou 인년) est aussi un élément très présent dans cette série d'histoires se déroulant en Corée. On peut-être est-ce le karma. Le mien ou celui de mes personnages?


Mon cerveau n'est qu'une coquille
si pleine et si vide à la fois
les idées s'y perdent
résonnent et rebondissent sur ses parois
en une trajectoire aléatoire
échos de plus en plus ténus
de ce qui aurait pu être
et ne sera plus

les montagnes si vertement denses
m'enserrent
me pressent et me portent
elles sont un écrin
un cocon dangereux
où tout ralentit, flotte et s'immobilise
dans une attente incertaine
une fin, un recommencement ou un éternel jeu

un je pris dans les fils
de ces araignées tisserande d'orbes
dentellières des temps anciens
veilleuses silencieuses et solitaires
condamnant les insouciants
dont elles écrivent le nom sur leur toile
Cassandres d'aujourd'hui
et gardiennes de demain

le destin est une mer (mère)
dont les vagues vont et viennent
en un inyeon insaisissable
masqué par les brumes de l'existence
l'effacement est une fin ouverte
dont l'écho perdure
fantôme d'éternité
dans le cœur de ceux qui l'oublient

au fond
rien n'est plus certain
que l'incertitude


Bref, en attendant les idées (ou la motivation), je procrastine en travaillant sur d'autres projets. Je ne me flagelle pas trop, cependant, car ces projets sont tous liés à la création sous une forme ou sous une autre. Réécriture et corrections du précédent roman, enregistrement audio d'une histoire inédite, articles de blogue, etc. J'échauffe le muscle de la création, comme un athlète qui se prépare pour une séance intensive d'entraînement! ;-)imageLes tons de vert des rizières et des montagnes, paysage si familier aujourd'hui...

imageLe lac-réservoir de l'université Yonsei, où je passe régulièrement.

imageToujours cette nature, omniprésente.

imageMais aussi les virées en ville, à Wonju ou, ici, à Seoul.

imageSeoul où les montagnes sont toujours bien présentes, malgré tout (comme à peu près partout en Corée!).

imageJe ne suis plus habituée à la foule, et j'aime le dimanche matin tôt à Seoul, quand tout est encore tranquille (ou en donne l'illusion)... ;-)

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