De la plasticité cérébrale, de l'apprent ...

De la plasticité cérébrale, de l'apprentissage des langues et de l'entêtement

Oct 02, 2026

L'autre jour, ma prof de coréen nous a demandés pourquoi nous apprenions cette langue. C'était une façon de pratiquer nos réponses en utilisant la conjonction -서 (-seo) pour lier deux propositions dans une phrase et indiquer une relation de cause à effet ou exprimer une cause ou une raison pour telle ou telle action : 저는 새로운 것을 배우기 위해서 한국어 공부해요 (ou quelque chose d'approchant). Je sais, vous vous en fichez pas mal. Il n'en reste pas moins que la question est intéressante. Et je vais tenter d'y répondre. D'abord, il faut que je précise que, pour moi, le coréen est une 5e langue. En quelque sorte.
Je vous explique : ma première langue est, bien évidemment, le français. Langue maternelle, que je maîtrise parfaitement – ou presque!
La deuxième est l'anglais, apprise à l'école, perfectionnée au long de mes années d'université, puis utilisée lors de mes voyages et toujours d'actualité aujourd'hui (notamment dans le volet « traduction » de mes activités professionnelles). Une langue qui m'accompagne donc depuis longtemps, que je maîtrise bien et qui me permet de communiquer efficacement un peu partout dans le monde.
Ma troisième langue est l'espagnol, elle aussi apprise à l'école puis à l'université, mais par défaut cette fois. En fait, j'aurais préféré l'italien (j'y reviendrai, mais mon nom de famille vous donne déjà un indice sur mes raisons!). Ni mon collège ni mon lycée n'offraient toutefois cette option. Il y avait seulement anglais, espagnol et/ou allemand. J'ai donc choisi l'espagnol, en me disant que ça se rapprochait davantage de l'italien que l'allemand. Mmm. Bref, je n'étais pas très motivée. J'ai pourtant poursuivi l'apprentissage de cette langue jusqu'à la fin de mes études universitaires. Je ne la parle pas vraiment, mais je la lis et je la comprends encore relativement bien malgré le manque flagrant de pratique (vingt-cinq ans?!). Cela m'a d'ailleurs servi pas plus tard que l'an passé, lors de ma résidence littéraire en Corée du Sud, puisque trois des auteurs présents la parlaient (2 d'Espagne, 1 d'Uruguay). J'ai même assisté à la conférence donnée par l'un d'entre eux dans cette langue (avec traduction simultanée en coréen, il valait donc mieux que je reste sur l'espagnol!). Comme quoi, parfois...
On en arrive maintenant à ma quatrième langue, et ce serait là l'italien. Ou à peu près (d'où le conditionnel dans la phrase précédente) : j'ai bien suivi quelques cours lorsque j'étais à la fac, mais en dilettante. Et si mon père était Italien, il parlait français à la maison – je l'ai toujours regretté. Car on apprend tellement plus vite quand on est enfant et immergé dans un environnement linguistique multiple! Ma mère avait d'ailleurs suivi des cours d'italien pour être en mesure de communiquer avec sa belle-famille (ma grand-mère utilisait un italien mâtiné de dialecte local, mais ça, c'est une autre histoire). Une des sœurs de mon père avait, elle, appris le français ; l'autre parlait anglais puisqu'elle avait passé 30 ans de sa vie en Australie. Vous pouvez donc imaginer les discussions lorsque la famille se retrouvait, entre trois langues, parfois toutes en même temps... J'aurais aimé pouvoir mieux m'exprimer pour créer des liens plus forts avec cette branche de ma famille, mais la distance a été un sérieux frein au développement de liens réellement familiaux – plus que la langue, je dirais.
Faisons maintenant une avance rapide de plusieurs années (voire décennies, ouch!). Aujourd'hui, j'essaie tant bien que mal d'ajouter le coréen à cet arsenal linguistique quelque peu bancal. Tant bien que mal, car mon cerveau n'est plus ce qu'il était dans sa jeunesse. C'est d'ailleurs, paradoxalement, une des raisons de ce que certains pourraient voir comme une « lubie » : travailler ma plasticité cérébrale pour stimuler mes neurones, créer de nouvelles synapses et améliorer globalement mes fonctions cognitives. Autrement dit, pour entretenir mon cerveau et ne pas le laisser vieillir trop vite. Il est toujours bon de se lancer des défis personnels, et l'apprentissage du coréen en est un, au même titre que la danse K-pop qui, elle, vise plutôt le corps et les mouvements (en passant aussi par la plasticité cérébrale, on s'entend). Le taiji le fait également, mais je suis nettement plus avancée dans ma pratique et c'est devenu beaucoup plus naturel.
Apprendre une nouvelle langue, c'est donc plus dur en vieillissant. Les études le disent : les capacités d'apprentissage diminuent, sans compter que la vie quotidienne et ses responsabilités ne favorisent guère une plongée en profondeur dans un apprentissage poussé – et ça, c'est sans compter la perte de concentration due à l'hyperstimulation numérique et à la surcharge cognitive qui l'accompagne! Vu autrement, ma jeunesse universitaire, sans écrans et encore partiellement insouciante est bien loin... ;-)

Bien sûr, ce n'est pas la seule raison pour me lancer dans cette entreprise quelque peu vaine – mais c'est la principale. J'aurais pu choisir une autre langue asiatique (j'ai hésité), mais j'avoue que le coréen reste quand même plus simple que le chinois ou le japonais (qui m'intéressent aussi en raison de ma pratique des arts martiaux et de mon intérêt artistique pour la calligraphie), ne serait-ce que parce que le coréen est basé sur un alphabet, le 한글 hangeul (voir note de bas de page à ce sujet), et non sur des sinogrammes ou des kanjis. Par contre, la syntaxe est très différente de celle à laquelle je suis habituée : pour simplifier, en coréen on met le verbe à la fin de la phrase, et des particules (de lieu, de sujet, d'objet, de classification numérale – oui, on utilise une particule différente en fonction de ce qu'on compte : gens, animaux, livres, contenants, etc.!) indiquent la fonction des différents mots ou groupes de mots. C'est toute une gymnastique mentale!
Ajoutez à cela différents niveaux de politesse (il y en a 7, mais dans la pratique, 2 ou 3 suffisent pour ne pas commettre d'impair grave) : on ne s'adresse pas aux gens de la même manière, selon qu'ils sont des amis, collègues, étrangers, patrons, aînés, enfants... Les nuances et les subtilités sont parfois difficiles à saisir, car elles sont propres à la culture et au cadre social autant qu'historique.
Une autre difficulté réside dans le vocabulaire, très étendu. Selon une rapide recherche en ligne, le coréen compte en effet plus d'un million de mots recensés dans les grands dictionnaires. En comparaison, l'anglais en compte officiellement entre 200 000 et 600 000.

Tout ça pour dire que je ne parlerai jamais couramment coréen. En prime, dans mon cas, un autre défi s'ajoute à cette pile déjà haute : je n'ai pas d'oreille (qu'elle soit musicale ou non) et je ne suis pas douée avec les prononciations et les accents! Les deux sont liés dans ma tête, même si les mécanismes mis en jeu sont distincts. Entendre et reproduire un son, ce n'est pas exactement la même chose, je le sais bien. Mais, pour moi, ça procède du même problème. Ce n'est d'ailleurs pas spécifique au coréen, qui utilise évidemment des sons qui me sont étrangers (l'inverse est vrai aussi : il n'y a, par exemple, pas de F en coréen, il est donc difficile pour des locuteurs de cette langue de prononcer les mots anglais ou français contenant cette lettre - d'où le fighting! d'encouragement anglais qui devient 화이팅 hwa-i-ting en coréen). En espagnol, je suis incapable (et ce n'est pas faute d'avoir essayé de comprendre les mécanismes) de rouler les R. Par contre, je n'ai aucun souci avec la jota, ce R plus guttural.
Il faut ajouter à tout cela que, contrairement aux enfants qui, eux, jouent avec les sons, on se sent davantage embarrassé par notre mauvaise prononciation quand on est adulte. J'ai beau ne guère prêter attention à ce que pensent les autres, je ne m'en embarrasse pas moins moi-même.

Oui, oui, on revient au syndrome de l'imposteur abordé dans un autre article. J'ai toujours douté de ce que j'étais capable d'accomplir... tout en m'en fichant totalement. Au final, je fais, et voilà tout. Peu importe si ça marche ou non. Le ridicule n'a jamais tué personne, n'est-ce pas? Et quand on trébuche ou qu'on tombe, on peut toujours se relever et réessayer. Même si les autres rient. Parfois, c'est d'ailleurs ça qui me pousse à continuer : l'envie de montrer (à moi comme aux autres) que je peux le faire, tout simplement. Alors même qu'au fond, ça m'est complètement égal. Serait-ce un sursaut de mon ego somme toute peu développé, couplé à la manifestation d'un symptome de mon asociabilité chronique?
Je suis pleine de contradictions. Et, donc, je vais persévérer, tant dans la danse que dans l'apprentissage de la langue. Pas pour atteindre un objectif particulier. Juste pour le plaisir et le défi.
Et vous, quel défi vous êtes-vous lancé récemment?

Note de bas de page :
Le hangeul a une histoire particulièrement intéressante, puisqu'il a été créé vers 1443 par le roi Sejong le Grand pour les lettrés du Jipyeonjeon, la chambre d'élite de l'Académie royale, afin de favoriser l’alphabétisation du peuple et notamment des femmes, puis promulgué par ce même roi en 1446 en remplacement des hanja (caractères chinois utilisés jusque-là). Le dessin des caractères est lié aux caractéristiques des sons qu'ils représentent et décrit la forme prise par les organes vocaux – ce qui n'aide pas toujours à les prononcer, à tout le moins dans mon cas!!

imageVisualiser les synapses et les neurones s'illuminer sous l'effet des impulsions électriques et chimiques de l'automne... et de l'apprentissage d'une nouvelle langue! ;-)

imageL'automne joue avec les couleurs comme un peintre le ferait sur une toile... et comme j'imagine mon cerveau jouer avec les mots pour finalement former une phrase harmonieuse, à défaut d'être limpide!

imagePas grand-chose à voir non plus avec le texte ci-haut, mais c'est une image de saison : fin d'été, début d'automne. On récolte et on prend le temps de profiter du soleil!

imageUne échelle à monter pour aller toujours plus haut?

imageEt pour le plaisir, un renard roux dont j'ai croisé le chemin l'autre jour. Bon automne à toutes et à tous :-)

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