Cours intensif : Perspectives féministes ...

Cours intensif : Perspectives féministes décoloniales - Concordia

May 10, 2025

Bonjour

Nouvelle plutôt sympathique. Je vais enseigner un cours intensif à Simone de Beauvoir Institute - Université de Concordia à partir du 26 mai pendant une semaine du lundi au vendredi. Voici le syllabus :

May 26-30, 2025

Monday - Friday 9:30-5:30

 

Introduction au syllabus : Perspectives féministes décoloniales

J’ouvre ce syllabus et cet enseignement en reconnaissant que l’université de Concordia est située sur un territoire autochtone non cédé, et que la nation Kanien’kehá:ka est la gardienne des terres et des eaux de Tiohtiá:ke, erronément appelé Montréal. Il est fondamental, dans le cadre d’un enseignement qui se veut décolonial, de reconnaître notre complicité avec les systèmes coloniaux et de nous engager activement dans des pratiques solidaires envers les communautés autochtones, locales et internationales, qui luttent pour leurs droits à la terre, à la souveraineté, à la justice et à la sécurité.

Nous prenons ici le temps de nommer les onze nations autochtones ayant résisté et résistant encore sur ces territoires : les Abénakis, Algonquins, Attikameks, Cris, Hurons-Wendats, Inuits, Malécites, Micmacs, Kanien’kehá:ka, Innus et Naskapis.

Ce cours s’inscrit dans un effort de décentrement des savoirs dominants et d’engagement épistémologique vers des perspectives féministes décoloniales, particulièrement issues des espaces francophones. Nous explorerons des textes, des idées et des pratiques féministes provenant des Caraïbes, du Québec, de l’Afrique, et d'autres espaces francophones, en mettant en lumière leurs racines intellectuelles, leurs ancrages politiques, et leurs stratégies de résistance. Les lectures et discussions porteront sur des enjeux théoriques, militants, et communautaires, révélant les tensions, les alliances, et les imaginaires féministes qui défient les cadres coloniaux et eurocentriques.

Ce cours ne vise pas à offrir une vision homogène ou exhaustive des féminismes décoloniaux, mais à donner aux étudiant·e·s des outils pour en comprendre la richesse, la complexité, et les ancrages historiques et politiques spécifiques. Il s’agit aussi de réfléchir à notre positionnalité dans la production et la circulation des savoirs, et d’envisager le rôle que nous pouvons jouer — individuellement et collectivement — dans la mise en œuvre de solidarités concrètes.

Objectifs du cours

●      Comprendre les fondements théoriques, politiques et historiques des féminismes décoloniaux :
Le cours présentera les principaux cadres conceptuels, enjeux méthodologiques et figures marquantes des féminismes décoloniaux en contexte francophone. Il s’agira de comprendre comment ces approches s’inscrivent dans une critique radicale du colonialisme et de ses effets persistants dans nos sociétés.

●      Situer les féminismes décoloniaux dans une perspective transnationale et plurielle :
 Les étudiant·e·s seront amené·e·s à explorer la diversité des contextes d’émergence de ces pensées (Afrique, Caraïbes, diasporas, Europe et Amérique du Nord francophones), et à réfléchir à leurs spécificités tout en identifiant les points de convergence.

●      Déconstruire les catégories identitaires fixes :
 Le cours mettra l’accent sur l’analyse critique des catégories de genre, de race, de classe, de sexualité et leur articulation dans les projets féministes décoloniaux. Il ne s’agira pas seulement de "parler pour" ou "à propos de", mais de comprendre les logiques de construction et d’assignation identitaires, et leurs implications politiques.

●      Développer une posture réflexive et éthique dans l’apprentissage :
 Chaque étudiant·e sera invité·e à réfléchir à sa propre position dans les structures de pouvoir et à prendre conscience de ses privilèges, de ses complicités et de ses marges de manœuvre. Cette posture est essentielle pour penser une pratique féministe ancrée, située et solidaire.

Formule pédagogique

Ce cours repose sur une pédagogie critique, participative et située. Il s’inscrit dans une volonté de rompre avec les formes traditionnelles d’enseignement qui reproduisent des hiérarchies entre les savoirs, les personnes enseignantes et les étudiant·e·s. L’objectif est de construire ensemble un espace d’apprentissage collectif, horizontal et engagé, dans lequel chacun·e puisse contribuer selon ses expériences, ses savoirs, ses émotions et ses limites.

Le cours se déroulera en présentiel. Cette modalité implique une présence active et une préparation en amont des séances. Pour garantir la sécurité de toutes et tous, le port du masque sera demandé en classe. Consciente des enjeux que soulèvent les conditions d'enseignement en période d’incertitude, la chargée de cours veillera à créer un cadre d’écoute, de respect et de bienveillance. Il est attendu des étudiant·e·s qu’ils et elles participent activement, tout en respectant les rythmes et les possibilités de chacun·e.

Nous aborderons des sujets douloureux, parfois violents, qui peuvent toucher différemment selon les expériences de vie et les identités sociales de chacun·e. Une attention particulière sera portée à la création d’un espace aussi sécuritaire que possible, où la parole minorisée ne sera ni invalidée, ni instrumentalisée, ni exposée sans consentement. Aucun propos discriminatoire (raciste, sexiste, homophobe, validiste, etc.) ne sera toléré, et une vigilance constante sera exercée quant aux rapports de pouvoir qui peuvent se rejouer au sein même du groupe.

Les supports projetés en classe incluront des textes académiques, mais aussi des extraits de romans, d’essais, des documentaires, des podcasts, des œuvres artistiques ou des archives militantes. Tous les documents obligatoires seront mis à disposition sur Moodle. Des conférences ponctuelles viendront compléter les séances.

Enfin, ce cours ne se limite pas à un apprentissage intellectuel. Il appelle à un positionnement : réfléchir, c’est aussi s’engager. Il est donc attendu des étudiant·e·s qu’iels développent une posture critique, une rigueur intellectuelle et un sens de la responsabilité collective.

Évaluations :

  1. La participation (20 %) peut prendre deux formes au choix : soit une participation active en classe, incluant la présence, la préparation des lectures et des interventions orales réfléchies et respectueuses ; soit le lancement et/ou participer à une discussion en ligne sur le forum étudiant du cours, en lien avec les contenus abordés durant la semaine (lectures, projections, discussions en classe), permettant d’approfondir collectivement une notion ou un enjeu. Une entrée par jour sur le forum (lancement de conversation ou réponse à une conversation) Ou la combinaison des deux.

  2. Journal intellectuel (40%) – Remise le lundi 2 juin avant 17h30

Une entrée par journée (200-350 mots par jour )
Le journal intellectuel est un exercice de réflexion personnelle et critique à réaliser chaque jour, en fin de séance. Cet exercice doit permettre aux étudiant·e·s de faire le lien entre les théories et concepts abordés et leurs propres connaissances, expériences et réflexions. Ce devoir a pour objectif d'encourager l'étudiant·e à intégrer l’enseignement reçu en classe et à effectuer une introspection critique sur son expérience tout au long du semestre. Le journal doit prendre la forme d’un exercice auto-ethnographique, où le vécu personnel de l’étudiant·e constituera le point de départ du devoir. Bien que le propos soit libre, il est attendu que l’étudiant·e aille au-delà de la simple description de ses ressentis par rapport au contenu du cours. Ce travail ne doit pas se limiter à un simple déversement émotionnel où des sentiments tels que la culpabilité, le choc, la colère ou la frustration dominent.

L’objectif est d’amener les étudiant·e·s à s’approprier les notions et concepts abordés dans le cours en faisant des liens avec l’actualité, les lectures du cours, les discussions, les films ou documentaires visionnés, les podcasts écoutés, ou même des pratiques artistiques. Vous devez montrer en quoi ces concepts résonnent dans vos propres expériences quotidiennes et comment ils influencent ou remettent en question vos cadres de compréhension du monde.

Critères d'évaluation :

●      Profondeur de la réflexion critique

●      Capacité à faire des liens théoriques avec des réalités sociales et des expériences personnelles

●      Clarté et cohérence dans l’écriture et l’argumentation 

3. Évaluation : Un travail de recherche (40%)

Description :

Dans cette évaluation, vous devrez réaliser un travail de recherche qui explore en profondeur une question ou un problème lié aux perspectives féministes décoloniales que vous souhaitez creuser en profondeur. Vous devrez formuler une problématique spécifique et analyser les enjeux qui y sont associés à travers une approche théorique et critique, en puisant dans les textes du cours et en intégrant des lectures externes.

Modalités :

  1. Longueur du travail : Le travail doit faire entre 8 et 10 pages, times new roman 12, interligne 1,5 hors bibliographie.

  2. Structure : Le travail doit être structuré de la manière suivante

○      Introduction : Présentation du sujet, de la problématique, et des objectifs de recherche. Définir clairement les concepts clés utilisés dans le développement (féminismes décoloniaux, colonialisme, décolonisation, etc.) Attention à ne pas donner un effet cataloogue, vous deviez apporter vos concepts de sorte à ce que la rédaction reste fluide et logique.

○      Revue de la littérature : Examen critique des sources académiques existantes sur votre sujet (en s’appuyant sur au moins 8 sources académiques extérieures au cours, telles que des livres, articles de revues, ou chapitres de livres).

○      Analyse et Discussion : Analyser les enjeux soulevés par votre question de recherche, en vous appuyant sur les perspectives féministes décoloniales. Discutez des implications sociales, politiques, et théoriques.

○      Conclusion : Synthèse des principaux résultats de la recherche, réflexion sur l’impact des féminismes décoloniaux dans le contexte étudié, et suggestions pour des recherches futures.

  1. Référencement : Vous devez utiliser un style de citation académique cohérent (MLA, APA, Chicago, etc.) et inclure une bibliographie complète à la fin de votre travail.

Critères d'évaluation :

●      Clarté de la problématique : La question de recherche est clairement définie et pertinente par rapport aux objectifs du cours
●      Approfondissement de la réflexion : Le travail va au-delà d’une simple présentation des faits ; il analyse les enjeux de manière critique et intègre des perspectives variées.

●      Utilisation des sources : Le travail s’appuie sur des sources académiques solides et pertinentes, et les concepts étudiés dans le cours sont correctement intégrés.

●      Structure et organisation : Le travail est bien organisé, avec des transitions claires entre les sections et un fil conducteur cohérent.

●      Originalité et contribution à la réflexion : Le travail apporte une contribution originale à la compréhension des féminismes décoloniaux, en explorant un aspect ou une problématique non traitée en profondeur dans le cadre du cours.

Soumission :

La date limite de soumission de ce travail est le 15 juin à 17h sur Moodle. Veuillez soumettre votre recherche en format Word, en incluant votre nom et le titre du travail sur la page de garde.

Lundi 26 mai

- Sujet plutôt qu’objet d’études -

Objectifs : Lancer la dynamique de groupe.
Poser les bases théoriques.
Clarifier le positionnement du cours.

Déroulé de la journée :

9h30 - 12h30 : Présentation du syllabus, modalités d’évaluation, cadre pédagogique basé sur la co-construction du savoir et positionnalité. Introduction aux notions : féminismes décoloniaux, colonialité du pouvoir, colonialisme de peuplement (settler colonialism), géopolitique des savoirs.

12h30- 14h00 : lunch      

14h00 - 17h30 : Définition de l’injustice épistémique, l’intersectionnalité comme outil critique et ses limites dans le contexte décolonial, colonialité de la différence : production de hiérarchies à travers la race, le genre, la classe.

17h00 - 17h30 : carnet de bord réflexif pour conclure la journée.

Une lecture obligatoire parmi les sources suivantes :

Femenías, M. L. (2019). Épistémologies du Sud : lectures critiques du féminisme décolonial. Les Cahiers du CEDREF, 23, 118‑135. https://doi.org/10.4000/cedref.1268

Dayan-Herzbrun, S. (2021). Quand des féministes africaines remettent en question l’universalité de la domination masculine. Recherches féministes, 34(2), 149–164. https://doi.org/10.7202/1092235ar

Kian, A. et Falquet J. (2015). Introduction : Intersectionnalité et colonialité. Les Cahiers du CEDREF, 20. https://doi.org/10.4000/cedref.731

Mardi 27 mai

- Décolonisation, frontières et mondialisation

Objectif : Réfléchir à ce que « décoloniser » implique dans les relations Nord/Sud, Sud/Sud. Explorer mais surtout problématiser les dimensions transnationales des luttes féministes.

Déroulé de la journée

9h30 - 12h30 : Situer le concept de décolonisation dans une généalogie théorique et militante. Introduire les notions de féminisme impérial, soft power néo-impérial, et les formes contemporaines de colonialité. Comprendre les tensions entre universalisme, localisation et néocolonialisme dans les discours et pratiques féministes.

12h30 - 14h : lunch

14h - 17h : Approfondir la compréhension des luttes féministes dans les contextes caribéens. Mise en lumière des rôles politiques des femmes noires dans les luttes d’Amérique latine et des Caraïbes. Discussion des figures de la femme "potomitan", des tensions entre assignation culturelle et agentivité féministe.

Invitée : Michelle E.J. Martineau – Féminisme dans les Caraïbes

https://identitescaraibes.org/

17h - 17h30 : carnet de bord réflexif pour conclure la journée.

Une lecture obligatoire parmi les sources suivantes :

Mulot, S. (2021). Peut-on être guadeloupéenne, potomitan et féministe? Recherches féministes, 34(2), 123–148. https://doi.org/10.7202/1092234ar

Mianda, G. (2021). Le colonialisme, le postcolonialisme et le féminisme : un discours féministe en Afrique francophone subsaharienne. Recherches féministes, 34(2), 15–32. https://doi.org/10.7202/1092228ar

Mohanty, C. T. (2015). Traversées féministes transnationales : Du néolibéralisme et de la critique radicale. Les cahiers du CEDREF, (20). https://doi.org/10.4000/cedref.835

Mercredi 28 mai

Mémoire, spiritualité et résistance : décoloniser les figures, les récits et les territorialités

Objectif : Analyser la construction des récits historiques et nationaux à partir d’une perspective féministe décoloniale, en identifiant les processus d’invisibilisation, de récupération ou de réinterprétation des figures féminines. Explorer la spiritualité comme ressource critique et politique dans les féminismes décoloniaux

9h30 - 12h30 : Corps-mémoires et héroïsation populaire dans les luttes postcoloniales. Comprendre les tensions entre féminisme, laïcité et colonialité.

12h30 - 14h00 : lunch

14h00 - 17h00 :  Interroger les territorialités féminines (corps, mémoire, espace urbain ou rituel) comme des lieux de lutte : en quoi les corps et les pratiques des femmes racisées peuvent-ils reconfigurer les frontières du politique ?

17h00 - 17h30 : carnet de bord réflexif pour conclure la journée.

Une lecture obligatoire parmi les sources suivantes :

Jacquet, C. (2021). Déconstruire le mythe de la Révolution tranquille féministe et laïque. Recherches féministes, 34(2), 183–200. https://doi.org/10.7202/1092237ar

Lamour, S. (2021). L’héritage politique de Marie Sainte Dédée Bazile, dite Défilée. Recherches féministes, 34(2), 107–122. https://doi.org/10.7202/1092233ar

Benhadjoudja, L. (2018). Territoires de libération. Perspectives féministes musulmanes. Tumultes, 50(1), 111-130. https://doi.org/10.3917/tumu.050.0111.

Jeudi 29 mai

- Colonialité du genre et de la sexualité

Objectifs : Analyser la construction coloniale et postcoloniale des rapports de genre, de sexualité et de reproduction.

Déroulé de la journée

9h30 - 12h30 : Femmes et esclavage comme matrice du genre colonial.
Racialisation du travail reproductif et maternité imposée. Inscription de la sexualité coloniale dans le projet impérial (mission civilisatrice, juridification du corps des femmes). Travailler les concepts de colonialité du genre, de sexualité régulée, et de travail reproductif racialement assigné.

12h30 - 14h00 : lunch

14h - 17h00 : Travailler sur les savoirs subalternes autour du soin, de la solidarité, et du corps.

17h - 17h30 : carnet de bord réflexif pour conclure la journée.

Une lecture obligatoire parmi les sources suivantes :

Gauthier, A. (2011). Les Sœurs de Solitude : Femmes et esclavage aux Antilles du XVIIe au XIXe siècle. Clio. Femmes, genre, histoire, (33), 281–284. https://doi.org/10.4000/clio.9932

Ahmed, L. (2010). Ethnocentrisme occidental et perceptions du harem. Les Cahiers du CEDREF, 17, 19‑35. https://doi.org/10.4000/cedref.606

Large, S. (2017). Les spécificités du féminisme lesbien décolonial caribéen au prisme de la littérature : les cas de Yolanda Arroyo Pizarro et Rita Indiana Hernández. Amerika, 16. https://doi.org/10.4000/amerika.8106

Vendredi 30 mai

- Stratégies de résistance -

Objectif : Identifier les stratégies collectives, les formes de reconnaissance, de transmission et de légitimité mobilisées dans l’engagement communautaire, éducatif ou spirituel 

Déroulé de la journée

9h30 - 12h30 :  « Corps-mémoires : processus féministe de décolonisation, pour et par les héritières de l’immigration nord-africaine de France (Maroc, Algérie et Tunisie) 

 Invitée : surprise

12h30 - 14h : lunch

14h-17h00 : Stratégies de réappropriation et de refus : espaces communautaires, pratiques artistiques et activisme autonome. 

17h - 17h30 : carnet de bord réflexif pour conclure la journée.

Une lecture obligatoire parmi les sources suivantes :

Lecture à venir de l’invitée

Werneck, J. (2005). Ialodês et féministes. Réflexions sur l’action politique des femmes noires en Amérique latine et aux Caraïbes. Nouvelles Questions Féministes, 24, 33-49. https://doi.org/10.3917/nqf.242.0033 (3 bis XD)

Onibon Doubogan, Y. (2021). Les mouvements féministes et les savoirs locaux endogènes en matière d’éducation au Bénin : une relation d’altérité pour une décolonisation du féminisme africain. Recherches féministes, 34(2), 33–50. https://doi.org/10.7202/1092229ar

 

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