Acore vrai

Aug 04, 2026

L'acore vrai contient des substances toxiques et cancérigènes. Des instances internationales chargées d’évaluer ses effets thérapeutiques ont estimé que les risques encourus par son usage sont supérieurs à ses bénéfices. Aux États-Unis, il est interdit et, en Europe, son usage est rigoureusement réglementé. Les usages présentés ci-dessous n'ont qu'une valeur historique et renvoient à des pratiques traditionnelles. Bien que le risque pour la santé augmente avec la dose et la durée d'utilisation, il est important de noter qu'aucune dose n'est inoffensive.

imageAcorus calamus (Acoracées), photo de Robert H. Wardell (Domaine public, Licence CC0)

On l’appelle aussi Acore, Acore odorant, Acore roseau, Acorus roseau, Jonc odorant, Roseau aromatique, Roseau odorant ou Belle-Angélique.

Originaire d’Asie centrale et du Sud-Est, l’acore vrai a été introduit et s’est naturalisé en Europe, en Amérique du Nord ainsi que sur d’autres continents (carte). L’acore est une plante d’eau douce qui pousse en colonie dans les marais, les étangs, le bord des rivières et les fossés.

En Amérique du Nord, il côtoie l’Acore d’Amérique (Acorus americanus), une espèce indigène qui aurait des propriétés médicinales similaires. Toutefois, les compositions chimiques des deux espèces diffèrent et les études sur les propriétés thérapeutiques de l’acore d’Amérique sont peu nombreuses.

L’acore odorant présente différents cytotypes, ce qui signifie que le nombre de chromosomes (ou ploïdie) varie selon les individus. À titre de comparaison, l’être humain est diploïde et nos cellules contiennent 2 jeux de 23 chromosomes (46 chromosomes au total); l’un provenant du père, l’autre de la mère. Chez l’acore odorant, les individus peuvent être diploïdes (2 × 12 chromosomes), triploïdes (36 chromosomes), tétraploïdes (48) et même hexaploïdes (72). En Asie, tous ces cytotypes sont représentés alors qu’en Europe et en Amérique, les triploïdes dominent largement. L’explication vient du fait que les spécimens d’acore prélevés en Asie pour être introduits en Europe vers le XVIᵉ siècle étaient principalement triploïdes. Plus tard, les colons européens ont amené en Amérique les individus triploïdes qu’ils cultivaient.

Il est à noter que la ploïdie influence la reproduction et la composition chimique des acores. Ainsi, les spécimens possédant plus de deux jeux de chromosomes sont stériles et ne peuvent se multiplier que végétativement.

Identification

Cette section présente les traits généraux de la plante, mais ne permet en aucun cas son identification par un néophyte. Si vous ne connaissez pas la plante, ne vous fiez pas à cette description pour la cueillir et risquer de vous empoisonner.

L’acore vrai est une plante semi-aquatique, vivace et rhizomateuse. Les feuilles, groupées à la base de la plante, se dressent jusqu’à 1,5 à 2 mètres de hauteur. Minces et étroites (1-2 cm), elles ont la forme d’une lame de glaive. La floraison se produit en été sous la forme d’un épi (un spadice) compact, arqué, jaunâtre ou verdâtre, qui semble émerger d’une feuille qui est en réalité une spathe.

Confusion possible
En l'absence de fleurs, l’acore peut être confondu avec les iris, lesquels sont toxiques. Pour les distinguer, il faut comparer les feuilles. Chez l’acore, elles sont souvent ondulées ou gaufrées sur un bord (planes des 2 côtés chez l’iris) et elles dégagent un parfum épicé, vanillé ou citronné quand elles sont froissées (parfum neutre et herbacé chez l’iris). En outre, l’acore présente une nervure médiane nettement proéminente sur toute la longueur de la feuille (absente chez l’iris).
L’acore d’Amérique, quant à lui, possède 2 à 6 nervures parallèles et saillantes, contrairement à l'unique nervure de l'acore vrai.

imagePhoto de Patrick Le Mao (Domaine public, License CC0)

Usages

On utilise le rhizome qui est anticonvulsivant, anthelminthique, antimicrobien, antitussif, anxiolytique, apéritif, carminatif, digestif, diurétique, expectorant, spasmolytique, sédatif, stomachique et sudorifique.

L’huile essentielle extraite du rhizome est insectifuge et insecticide. Elle est également utilisée en parfumerie pour ajouter une note masculine, épicée ou orientale aux parfums. En cosmétique, elle est incorporée dans les lotions après-rasage, les savons ou les huiles de bain.

Historiquement, on utilisait les propriétés aromatiques et amères du rhizome pour la confection de liqueurs (bitters), de vermouths, de gins, de bières artisanales et d’absinthes. Cet usage est dorénavant réglementé en raison de la toxicité de l’acore odorant.

Le rhizome de l’acore d’Amérique peut être confit : le peler et le couper en tranches de 1,5 cm, le faire bouillir pendant une heure en changeant l’eau toutes les 15 minutes, puis le faire infuser pendant 20 minutes dans un sirop concentré avant de le laisser sécher.

Au printemps, les jeunes pousses (quand elles font moins de 30 cm) peuvent être ajoutées, fraiches, pelées et ciselées, pour aromatiser les salades. Les spadices immatures peuvent aussi se consommer crus.

Principes actifs

Cette section présente une liste non exhaustive des composés de la plante qui ont été identifiés comme contribuant à ses effets.

Une huile essentielle (1,5 - 3,5 %) constituée de :

  • Asarone (70-95 % dans les variétés tétraploïdes, 5-20 % dans les triploïdes et des traces dans les diploïdes) : sédative, anxiolytique, anticonvulsivante, neuroprotectrice, antitumorale, insecticide et répulsive.

L’asarone est cancérigène et toxique pour le foie. En Europe, son utilisation et sa teneur dans la chaine alimentaire sont rigoureusement réglementées. Les denrées alimentaires et les boissons en général ne doivent pas contenir plus de 0,1 mg d’asarone / kg. Cette limite est fixée à 1 mg / kg pour les alcools.
Les États-Unis, quant à eux, interdisent l’usage de l’acore odorant dans la nourriture et les suppléments alimentaires.

  • Méthyl-eugenol (1 %) : antispasmodique, sédatif, antibactérien et antifongique.

  • Calaménol (5 %) : calmant, anti-inflammatoire léger et adoucissant.

  • Calamène (4 %) : antiseptique, antifongique et insectifuge léger.

  • Calamone (1 %) : antispasmodiques.

  • Acorone et Isoacorone : amères, toniques digestives (stimulation des sécrétions gastriques).

  • Shyobunone, Acoragermacrone et Isocalamendiol : anti-inflammatoires, spasmolytiques (décontraction des muscles lisses intestinaux et bronchiques) et antioxydantes.

  • Alpha-pinène, Camphre, Camphène : antiseptiques, décongestionnants respiratoires et stimulants de la circulation sanguine.

L’acorine, un glucoside amer qui stimule la sécrétion de salive, de sucs gastriques et de bile (effet eupeptique et apéritif).

Des tannins (1,5 %) : astringents et hémostatiques.

Indications

Cette section regroupe les indications et les posologies rencontrées dans la littérature spécialisée. Les posologies sont données à titre informatif et ne doivent en aucun cas être considérées comme des prescriptions. Seul un médecin est capable d'évaluer votre état de santé et de vous prescrire un traitement adéquat.
Les indications sans étoile sont des usages traditionnels non reconnus par des instances telles que l'European Scientific Cooperative on Phytotherapy (ESCOP), l'European Medicines Agency (EMA), l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) ou la Commission E, entre autres. Une étoile indique un usage traditionnel reconnu et deux étoiles, un usage validé par des études cliniques.

Contre la dyspepsie* (spasmes gastro-intestinaux*, brûlures d’estomac), la gastrite, l’entérite, l’ulcère gastroduodénal, la colique*, les troubles digestifs mineurs* (digestion difficile*, ballonnements*, flatulences*), le manque d’appétit*, l’insomnie, l’anxiété, l’épilepsie, la toux, la bronchite, la rétention d’eau, l’urémie et la goutte.

Rhizome séché et réduit en poudre jusqu’à 1 g par jour.

Infusion de 1 à 3 g de rhizome dans 150 ml d’eau, 3 fois par jour.

Teinture (1:5 éthanol à 60 %) à raison de 2 à 4 ml, 3 fois par jour.

Extrait liquide (1:1 éthanol 60 %) à raison de 1 à 3 ml, 3 fois par jour.

Précautions

Il n’est pas recommandé d’utiliser l’acore vrai, notamment les espèces originaires d’Asie et d’Europe, en raison de leur teneur en asarone. Pour ces mêmes raisons, l’huile essentielle d’acore ne devrait pas être utilisée par voie interne.

Dans tous les cas, aucune espèce d’acore vrai ne doit être utilisée par la femme enceinte ou qui allaite.

Références

  • American Herbal Products Association's Botanical Safety Handbook. 2nd edition. Zoë Gardner, Michael McGuffin. Boca Ration (FL): Taylor and Francis Group; 2013.

  • BHP 1983: British Herbal Pharmacopoeia. Bournemouth (GB): British Herbal Medicine Association; 1983.

  • Canadensys: Base de données des plantes vasculaires canadiennes (VASCAN). Acadia University, Centre sur la biodiversité de l’Université de Montréal, University of Toronto Mississauga, University of British Columbia.

  • Drug Information Online, Drugs.com : Calamus. 2026.

  • Flore laurentienne, troisième édition. Frère Marie-Victorin. Les presses de l’université de Montréal. 1995.

  • GBIF: Global Biodiversity Information Facility : gbif.org

  • Handbook of Medicinal Herbs, second edition. James A. Duke, Mary Jo Bogenschutz-Godwin, Judi duCellier, Peggy-Ann K. Duke. CRC Press. 2002.

  • Herbal Drugs and Phytopharmaceuticals: A Handbook for Practice on a Scientific Basis. 3rd edition. Max Wichtl. Stuttgart (DE) : Medpharm GmbH Scientific Publishers; 2004.

  • Herbal medicines, third edition. Joanne Barnes, Linda A. Anderson, J. David Phillipson. Pharmaceutical Press. 2007.

  • iNaturalist : inaturalist.org

  • La phytothérapie – Se soigner par les plantes. Dr Jean Valnet. Le Livre de Poche. 2016.

  • Le petit Larousse des plantes qui guérissent – 500 plantes et leurs remèdes. Gérard Debuigne, François Couplan. Éditions Larousse. 2013.

  • Opinion of the Scientific Committee on Food on the presence of β-asarone in flavourings and other food ingredients with flavouring properties. European Commission Scientific Committee on Food. 8 January 2002.

  • Peterson Field Guide to Medicinal Plants and Herbs, Third Edition. Steven Foster, James A. Duke. Houghton Mifflin Harcourt, Boston – New York. 2014

  • Peterson Field Guides : Edible Wild Plants of Eastern and Central North America. Lee Allen Peterson. Houghton Mifflin Harcourt, Boston – New York. 1977

  • Tela Botanica : tela-botanica.org

  • Wikiphyto, L’encyclopédie de la Phytothérapie : Acore vrai. 2025.






Pour en savoir plus sur les préparations des plantes médicinales, lire Préparations, Doses et Équivalences.
Une version PDF de ce texte peut être téléchargée sous l'onglet Extras.

Publiée le 4 août 2026

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