Love is.... migration

Love is.... migration

Nov 03, 2026
26

Cela fait maintenant plusieurs années que je vis à l’étranger, et j’ai souvent l’impression que, parmi les miens, je suis celle qui est partie, celle qui porte, en tant que personne issue d’une immigration de première génération, le poids d’un ailleurs choisi autant que subi. Cette distance m’a doucement inculqué l’idée que je ne méritais pas l’amour.

On pourrait croire que je m’impose une exigence démesurée. Pourtant, cette impression s’est construite au fil de mon expérience de migrante, une expérience qui, pendant des années, a pesé sur mes épaules. J’ai toujours eu la sensation de devoir travailler plus dur que les autres, de devoir redoubler d’efforts pour accéder à ce que beaucoup considèrent comme des besoins élémentaires. C’est ainsi qu’un rapport déséquilibré à l’effort s’est installé en moi : cette croyance selon laquelle je dois travailler dix fois plus pour être aimée et pour être traitée avec dignité.

Alors je me suis conditionnée à donner et recevoir sous conditions. Je me répète que « sans argent, je n’ai pas le temps pour un couple ». Que « sans titre de séjour, je n’ai pas le temps pour un couple ». Sans argent, comment organiser un dîner ou offrir un cadeau ? Sans titre de séjour, comment expliquer que je ne peux pas voyager n’importe où et sur un coup de tête ? Et surtout, comment savoir si l’autre comprendra à l’aéroport, où nos chemins se séparent devant les portiques : “Passeports européens” d’un côté, “Passeports hors UE” de l’autre.

Comme une métaphore de nos vies qui sont sur des chemins différents.

imageBeaucoup me diraient peut-être que je me complique inutilement la vie. Que l’amour, c’est aussi accepter l’autre dans toute sa réalité. Pourtant, ces questions reviennent sans cesse lorsque je lis que l’État a un droit de regard sur ce qui serait un “vrai” amour, lorsque je vois des personnes entrer dans un mariage sans sentiment pour échapper à la condition de migrant·e, ou encore lorsque les différences culturelles, administratives, sociales deviennent des obstacles au sein même du mariage.

Sur TikTok, je tombe parfois sur des vidéos du type : « Pourrais-tu sortir avec un blédard ? ». Ces contenus, presque toujours traités sous un prisme négatif, réduisent la personne migrante à son pays d’origine, comme si n’en avoir connu qu’un seul faisait de nous des êtres condamnés à l’étroitesse d’esprit.

Je ne désespère pas en voyant des mariages de personnes migrantes remplies d’amour et de sincérité. Partir ensemble vivre à l’étranger ou s’être rencontrés par hasard sur un territoire renforce alors le sentiment d’avoir enfin trouvé sa maison.

Vous aimez cette publication ?

Achetez un café à Audrake

Plus de Audrake