Du temps, de la poussière d'étoile et de ...

Du temps, de la poussière d'étoile et de l'insignifiance

Sep 15, 2026

Il y a un an, j’étais en Corée, à Hoechon, près de Wonju (province de Gangwon-do). Je me promenais dans les montagnes, j'allais prendre un latte sur le campus de l'université Yonsei ou au café du village (nettement plus près!), je discutais avec des collègues inspirants, j'écrivais... et je donnais même des cours de taiji! Vous avez d'ailleurs pu suivre mes réflexions sur l'inspiration, la création et sur cette expérience en général sur cette page, dans les tout premiers articles que j'y ai publiés. (Ils sont toujours disponibles, n'hésitez pas à y faire un tour : https://buymeacoffee.com/julieturconi/posts?page=7)
Mais tout ça, c'est du passé. Le temps a depuis poursuivi sa course, me poussant toujours plus vers l'avant. Car avec lui, il n'y a guère qu'une direction possible.

Le temps est étrange. Il se meut selon son bon vouloir, sans jamais tenir compte de la vie humaine car à son échelle, nous ne sommes rien. Une microscopique tache dans l’univers et son expansion infinie. Quelques grains de poussière d’étoile, restes de chaos cosmique. Un rêve de veilleurs ancestraux qui se délite dans les brumes de l’espace. Quelque chose qu’on ne perçoit finalement que parce qu’il est passé.

Ainsi, cette expérience de résidence littéraire en Corée est tout à la fois très proche et très lointaine. C’était hier, et c’était dans ce qui semble presque être une autre vie. Comme beaucoup d’expériences de vie, celle-ci fut enrichissante, professionnellement et humainement. J’ai, depuis, sorti un roman dont l’intrigue se déroule en Corée, comme vous le savez sûrement déjà : Le jour du chien est disponible depuis ce mois d’août aux Éditions Orialis. L’histoire a pris son envol; c’est maintenant aux lecteurs et lectrices de la faire voyager – et j’espère qu’elle ira loin! J’ai aussi gagné de nouvelles relations avec des autrices inspirantes, avec lesquelles je garde un contact précieux (même s’il est distant) grâce aux réseaux sociaux (oui, parfois, ces derniers ont une utilité). J’ai élargi mon réseau professionnel. J’ai vu du pays, pris beaucoup de photos, parcouru des kilomètres à pied.

Aujourd’hui, je suis moi et je suis autre. J’ai évolué, comme nous le faisons tous et toutes chaque jour. Et le temps, lui? À son échelle, il n’a quasiment pas bougé. C’est tout juste si un frémissement l’a parcouru, en une onde si légère que l’univers ne peut que l’ignorer. Le temps est indifférent à mon sort – comme au vôtre. Le temps est une entité qui existe sans exister. Impossible de le toucher, de le voir, de l’entendre. Pourtant, il est bien là. En embuscade à chaque anniversaire, chaque changement de saison, chaque respiration. Et quand on pense au temps qui passe, on se dit souvent qu’on n’en fait pas assez : notre vie s’écoule mollement, avec une indolence inexorable, alors même qu’on la remplit de toutes sortes de choses inutiles. Qu’a-t-on réalisé, qu’a-t-on apporté à nos semblables, à la société, à l’humanité, aujourd’hui, hier, demain? Pour la grande majorité d’entre nous, la réponse est : pas grand-chose.

Pourtant, c’est souvent ce pas-grand-chose qui change tout. Une main tendue, un sourire, un mot d’encouragement, une histoire qui nous touche, une pièce ou un film qui nous émeut, un tableau qui nous chamboule, une fleur qui nous secoue… ces petits riens façonnent notre existence et celle des autres. Ceux et celles qui nous côtoient ou qui nous croisent, frôlement de vies et de temps, inyeon et unmyeong.

Au fond, notre propre insignifiance a quelque chose de libérateur. Je ne risque guère de perturber le grand ordre cosmique des choses, n’est-ce pas? Je vais donc tout simplement continuer à être. Et à créer.
Et vous?

***

silence inusité
au fond de la classe
un sourcil se lève

***

regard curieux
à travers les broussailles
un éclair roux

***

mélodie nocturne
une stridence de fin d’été
se glisse dans mes rêves

***

étoile filante
mes doigts sur le clavier
rythment le temps

musique du souffle et des pensées
mon cœur s'apaise

imageUn changement de saison s'annonce...

imageBientôt, ils disparaîtront.

imageElle aussi, pour hiberner. (Pas encore, hein, on n'est jamais qu'en septembre...)

imageUn petit montage souvenir de mes rencontres "coréennes" pour finir en beauté!

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