Bonjour tout le monde !
Aujourd'hui, je vous parle de l'incroyable voyage de Mona Lisa aux États-Unis en 1963, en pleine Guerre froide.
Voici le lien de la transcription en PDF que vous pouvez télécharger :
https://buymeacoffee.com/EscargotFrenchPodcast/e/511226
Merci beaucoup pour votre soutien.
Nicolas
Transcription :
La semaine dernière, je vous ai parlé du prêt de la tapisserie de Bayeux, une œuvre du XIe siècle qui raconte la conquête de l’Angleterre par Guillaume le Conquérant. Commençons cet épisode sur Mona Lisa par un petit rappel, car vous allez voir que cette affaire à un rapport avec le chef-d’œuvre de Léonard de Vinci. En France, mais aussi un peu de l’autre côté de la Manche (= the English Channel), en Angleterre, la décision de prêter la tapisserie de Bayeux, prise par le président Macron, n’a pas fait que des heureux : beaucoup de gens s’y sont en effet opposés (beaucoup de gens n’étaient pas d’accord), parce qu’ils ont peur que ce chef-d’œuvre du Moyen Âge, vieux de près de mille ans et très fragile, soit abîmé / un peu cassé (N-B : verbe au subjonctif). Mais le président français a ignoré leurs avertissements pour, comme je l’ai expliqué dans l’épisode bonus de samedi dernier, arranger les relations entre la France et l’Angleterre, qui ne sont plus si bonnes depuis le Brexit, depuis que le Royaume-Uni a quitté l’Union européenne.
Cette polémique m’a rappelé un autre événement historique marquant : le voyage de Mona Lisa, la plus célèbre peinture du monde, aux États-Unis en 1963. Oui, les Français ne sont pas si radins (= avares) ! De temps en temps, ils sont au contraire généreux et prêtent leurs trésors nationaux à d’autres pays. Mais vous allez voir que ce n’est pas seulement pour « leurs beaux yeux » (expression familière), c’est-à-dire pas seulement pour être gentils avec leurs voisins et alliés. Laissez-moi donc vous raconter cette incroyable histoire.
Nous sommes en 1961, en pleine Guerre froide, John Fitzgerald Kennedy (JFK pour les Français) n’a pas encore été assassiné et en France, Charles de Gaulle, héros français de la Deuxième Guerre mondiale, est au pouvoir depuis 1958. Lors de sa première visite d’État en France, en juin 1961, le beau président américain, qui impressionne le monde entier par son charisme, est bien sûr accompagné de sa belle et gracieuse épouse Jackie, que les Français préfèrent appeler Jacqueline pour lui rappeler ses origines françaises, ce qui lui fait d’ailleurs bien plaisir. Son nom de jeune fille, c’est-à-dire son nom avant de se marier, était en effet Jacqueline Lee Bouvier, et Bouvier est un nom assez courant en France. Les ancêtres français de Jacqueline Kennedy semblent avoir émigré aux États-Unis au XVIIIe siècle ; et d’après ce que j’ai pu entendre (sur YouTube), elle parlait très bien la langue de Molière (c’est-à-dire le français) car elle a étudié à l’université de La Sorbonne, à Paris. Elle avait certes un accent américain, très charmant d’ailleurs, mais je crois qu’elle le parlait couramment (= « fluently » en anglais). Si vous voulez l’écouter, vous trouverez le lien de la vidéo dans la description de l’épisode. Bref, revenons à notre histoire.
La Première Dame américaine n’est pas seulement francophone, elle s’intéresse aussi beaucoup à la culture française ; et pendant que son mari s’occupe de politique à Paris, elle en profite pour visiter beaucoup de musées et rencontrer des artistes français, notamment l’écrivain André Malraux. Il est l’auteur de La Condition Humaine, un roman très célèbre qui a gagné le prix Goncourt, le plus prestigieux prix littéraire en France, en 1933. C’est aussi un livre qui m’a prodigieusement ennuyé quand j’étais lycéen, quand j’ai passé le baccalauréat ! 😵 Bref, je l’ai déjà raconté. Si ça vous intéresse, écoutez mon épisode sur le prix Nobel de Littérature, que j’ai publié en novembre 2024. Mais si vous êtes fan d’André Malraux, il vaut mieux que vous ne l’écoutiez pas ! 😅 D’après quelques articles que j’ai lus, si un autre Français ne l’avait pas déjà reçu l’année précédente, Malraux aurait même certainement eu le prix Nobel de Littérature en 1934. Deux Français deux années de suite, ça faisait un peu trop. C’était aussi apparemment pour d’autres raisons, notamment politiques. Bref, André Malraux n’était pas n’importe quel écrivain (= he was not just any writer). Il était si respecté que le général de Gaulle l’a choisi pour assurer la fonction de ministre d’État chargé des Affaires culturelles. Ce n’est donc certainement pas seulement parce que Jacqueline Kennedy admire ses œuvres qu’elle demande un entretien avec lui. Elle voit sûrement en lui un moyen d’influencer le président français (Charles de Gaulle), réputé têtu comme une mule ! (= « stubborn as a mule » en anglais / 頑固 - « ganko » en japonais)
Lorsque la Première Dame américaine rencontre l’écrivain ministre, elle lui parle d’un de ses rêves : elle aimerait que la France prête la Joconde (Mona Lisa) aux États-Unis pour que les citoyens américains puissent admirer ce chef-d’œuvre de la Renaissance, réalisé par Léonard de Vinci au début du XVIe siècle. Pour être précis, le maître italien a commencé à le peindre en 1503 et le roi de France François Ier l’a acheté en 1518 ; mais je vous reparlerai de tout ça dans un autre épisode car cette histoire est aussi fascinante. André Malraux est d’abord surpris par la demande de la Première Dame américaine. Il ne sait pas trop quoi lui répondre mais finit par dire maladroitement en anglais quelque chose comme « I will see what I can do » (« je vais voir ce que je peux faire »), ce qui est loin d’être une promesse ; mais Mme Kennedy prend ça pour un oui ; et pour elle, c’est déjà une victoire ! Le temps passe un peu, la crise des missiles de Cuba éclate entre temps (en 1962), mais elle n’abandonne pas. Son charmant sourire, qui a peut-être rappelé à André Malraux celui de la Joconde, a certainement joué un rôle pour le convaincre de faire avancer les choses. Le ministre en parle donc au président de la République, qui est la seule personne ayant le pouvoir d’autoriser le prêt d’un tel trésor national à un pays étranger. Et Charles de Gaulle y voit une formidable occasion de faire un bon « coup » diplomatique. En prêtant Mona Lisa aux États-Unis, il espère en effet arranger les relations franco-américaines qui ne sont plus très bonnes depuis quelque temps.
À la fin de l’année 1962, il donne donc son accord officiel pour que Mona Lisa soit prêtée aux États-Unis. Le président français prend cette décision malgré l’opposition très forte des conservateurs du musée du Louvre, extrêmement inquiets. De Gaulle a parfaitement ignoré leurs nombreux avertissements concernant la grande fragilité de l’œuvre. Tiens ! Ça me rappelle quelqu’un, ça. 🤔 Macron s’est-il pris pour le grand général de Gaulle ? A-t-il voulu l’imiter ? Possible… Quelques semaines après cette annonce stupéfiante du gouvernement de de Gaulle, Mona Lisa embarque sur Le France, un énorme bateau français mythique et prestigieux, pour traverser l’océan Atlantique. Le rêve de Jackie Kennedy se réalise enfin ! La Joconde sera exposée à la National Gallery de Washington et au Metropolitan Museum of Art de New York (et non au MOMA, pardon !) pour une durée de trois mois en 1963, et attirera près d’1,6 million de visiteurs.
Voilà, j’avais beaucoup d’autres choses intéressantes sur ce sujet à vous raconter, mais je vais m’arrêter là pour aujourd’hui. Dans l’épisode bonus de cette semaine, réservé aux membres d’Escargot Premium, que je publierai dans quelques jours, je vous en dirai un peu plus sur les raisons pour lesquelles les relations franco-américaines n’étaient plus si bonnes au début des années 1960, en pleine Guerre froide, et pourquoi Charles de Gaulle a accepté de prêter Mona Lisa aux États-Unis. Je vous raconterai aussi comment elle y a été transportée et accueillie comme un chef d’État. Ensuite, je vous donnerai plus d’explications sur le vocabulaire, notamment sur les verbes « prêter », « emprunter » et « louer », avec des exemples de la vie de tous les jours. Enfin, je reviendrai sur la prononciation, notamment sur la lettre J (pas G) qu’on retrouve dans « La Joconde », « japonais »,« Jacqueline », etc. Je vous en dirai d’ailleurs un peu plus sur l’expérience de Jacqueline Kennedy en France, à l’université de la Sorbonne et avec le général de Gaulle. Ça ne s’est apparemment pas aussi bien passé qu’elle l’a dit devant les caméras. Et ça n’a rien à voir mais je vous expliquerai aussi pourquoi la Manche (the English Channel) s’appelle comme ça. Bref, plein de choses passionnantes !
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Voilà ! Il est maintenant temps de vous proposer un petit test de compréhension orale, comme d’habitude. Faites des pauses entre chaque question pour bien réfléchir et y répondre, en français bien sûr ! Vous êtes prêt(e)s ? Je commence.
Compréhension orale
1) Quel rapport (quelle connexion) y a-t-il entre la tapisserie de Bayeux et Mona Lisa ?
Réponse : Les deux œuvres sont des trésors nationaux français très anciens et très fragiles que la France a utilisé à des fins (= dans un but) diplomatiques.
2) Qu’est-ce que le président Kennedy a fait en France en 1961 ? Avec qui est-il venu ?
Réponse : Il a fait une visite d’État, accompagné de sa femme Jackie.
3) Qu’est-ce que Jackie Kennedy a fait pendant ce séjour en France ?
Réponse : Elle a visité beaucoup de musées et rencontré des artistes français.
4) Est-ce que c’était la première fois qu’elle venait en France ?
Réponse : Non, elle avait déjà fait des études à l’université de la Sorbonne, en France.
5) Est-ce qu’elle parlait bien français ? Pourquoi ?
Réponse : Oui, elle parlait couramment (très bien) cette langue parce qu’elle avait fait des études en France. Peut-être aussi qu’elle a été motivée pour l’étudier parce qu’elle avait des origines françaises.
6) Quel homme important a-t-elle rencontré lors de cette visite officielle, par exemple ? A-t-elle seulement parlé de littérature avec lui ? De quoi lui a-t-elle parlé ?
Réponse : L’écrivain et ministre André Malraux. Elle n’a pas seulement parlé de littérature avec lui, elle lui a aussi parlé de son rêve de voir Mona Lisa exposée aux États-Unis.
7) Le président français a-t-il accepté la demande de la Première Dame américaine ?
Réponse : Oui, mais pas seulement pour « ses beaux yeux ». C’était une bonne occasion pour lui d’arranger les relations franco-américaines, qui n’étaient plus très bonnes.
8) Est-ce que l’exposition de Mona Lisa aux États-Unis a été un succès ?
Réponse : Oui, car elle a attiré 1,6 million de visiteurs.
Voilà, c’est terminé. Vous trouverez les réponses dans la transcription de ce texte en PDF, que vous pouvez télécharger gratuitement en cliquant sur le lien présent dans la description de l’épisode.
Mais attendez ! Ne partez pas. Avant de vous quitter, j’ai une question pour vous :
Est-ce que vous avez déjà eu l’occasion d’admirer Mona Lisa au musée du Louvre, ou à New York, ou à Washington, ou à Tokyo, ou au musée Pouchkine à Moscou, en Russie, en 1974 (une histoire dont je vous reparlerai d’ailleurs bientôt !) ? Qu’est-ce que vous avez pensé de Mona Lisa ? Selon vous, est-ce qu’elle vaut vraiment la peine d’être vue au moins une fois dans sa vie ? Et si vous l’adorez, qu’est-ce qui fait d’elle une peinture si spéciale ?
Si vous voulez discuter des sujets dont je parle dans mon podcast, ou d’autre chose pour améliorer vos compétences à l’oral en français, contactez-moi pour des cours particuliers en ligne (online private lessons), sur Zoom. Je peux aussi bien sûr vous enseigner la grammaire et la prononciation, entre autres. Je suis professeur de français depuis 23 ans au Japon, donc je pense pouvoir vous aider à progresser rapidement. Si cela vous intéresse, tous les liens sont dans la description.
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[email protected]. À bientôt, j’espère ! Encore merci de m’avoir écouté et à la semaine prochaine pour un nouvel épisode gratuit.